
2020 : l’année où tout a déraillé
Tout commence pendant le confinement, cette période où l’ennui et l’isolement ont poussé certains à des extrémités inattendues. Sandra, passionnée de tramways depuis l’adolescence, écrit un livre où elle fantasme une idylle avec un conducteur. Le film Jumbo (2020), qui met en scène une relation entre une femme et un manège, achève de la convaincre : son destin est tracé. Une médium lui avait d’ailleurs prédit, en 2015, qu’elle vivrait une grande histoire d’amour… avec un objet. Le 22 juillet 2020, à l’arrêt Jean-Jaurès, elle décide d’« invoquer l’âme » d’un tram. La rame 3013, parée d’une « magnifique lumière » dans la cabine, devient l’élue de son cœur. « Tout est devenu fou », confie-t-elle. Sous-entendu : surtout elle.
À Strasbourg, une femme de 44 ans revendique une relation amoureuse avec une rame de tramway. https://t.co/2SH9M58R1r
— L’Est Républicain (@lestrepublicain) March 20, 2026
Une relation « spirituelle » aux allures de farce
Sandra décrit une connexion intense, presque mystique, avec son tram chéri. Elle perçoit des « signes », des « vibrations », et affirme avoir entretenu des relations intimes avec la rame. « J’ai fait l’amour avec 3013 », déclare-t-elle sans sourciller. Des caresses ressenties lors des trajets, une symbiose quasi religieuse… On croirait entendre le récit d’une sectaire éprise de son gourou, si ce n’était un véhicule de transport en commun.
En juin 2024, elle franchit le Rubicon : un mariage symbolique, organisé avec la complicité de Frédéric, conducteur à la CTS et ami de circonstance. Robe blanche, cérémonie sur la ligne E… Le tout sous les yeux ébahis des passagers, transformés malgré eux en témoins d’un spectacle surréaliste.
Un « trio » assumé : un homme, une femme et un tram
Sandra vit pourtant avec Thomas, son compagnon humain depuis 14 ans. Un détail qui n’entame en rien sa passion pour le 3013. « On est trois », assume-t-elle. Son appartement, transformé en sanctuaire dédié à la rame, regorge de photos, de magnets, de lettres d’amour et même d’un tatouage. Une dérive qui interroge…
Instagram, ou comment exposer son délire au monde entier
Sur les réseaux sociaux (@rahm_citadis3013), plus de 2 400 abonnés suivent ses montages photos, ses vidéos et ses déclarations enflammées. Une communauté qui célèbre son « amour » comme une forme de résistance face aux normes. Pourtant, derrière les likes et les commentaires admiratifs, se cache une réalité moins glamour : moqueries, pertes d’amis, menaces en ligne. « Je comprends qu’on ne puisse pas adhérer à mon histoire », reconnaît-elle. Une lucidité tardive, quand on sait qu’elle prépare un livre de 70 chapitres, Un lien inexplicable, pour « faire évoluer les regards ».
L’objectophilie, ou l’art de s’aimer soi-même à travers un objet
Sandra préfère parler de « relation spirituelle » plutôt que d’objectophilie, ce terme savant qui désigne l’attirance affective ou sexuelle pour des objets. Un phénomène rare, souvent moqué, mais qui trouve aujourd’hui un écho dans une société obsédée par l’inclusivité à tout prix. « Avoir une forte connexion avec un objet ne veut pas dire qu’on est cinglé », insiste-t-elle. Pourtant, quand on épouse un tram, la question se pose : et si c’était précisément le cas ?
Une histoire qui en dit long sur notre époque
Cette relation, aussi insolite soit-elle, révèle les excès d’une époque où tout est validé au nom de la différence. Entre ceux qui y voient une forme de poésie et ceux qui y décèlent une dérive pathétique, une chose est sûre : Sandra Rahm et son tram ne laisseront personne indifférent.
Le journal local, les Dernières nouvelles d’Alsace, lui a offert ses pages pour ce qui ressemble très prosaïquement à une opération publicitaire pour une radiesthésiste, créatrice digitale, guide pour la méditation, auteur d’un livre à venir, etc.










