Elever 2 millions de saumons par an dans des hangars géants, c’est le projet pharaonique que porte Stéphane Farouze, ex-figure de la finance spéculative, à travers sa société Pure Salmon.
Reporterre a mené l’enquête. Une usine de 75 000 m², des bassins gourmands en eau et en électricité, et une promesse de révolution durable qui laisse sceptiques scientifiques, élus et citoyens. L’enquête publique a recueilli 23 000 contributions, majoritairement hostiles. Même la ministre de la Transition écologique s’y oppose. L’ancien trader persiste et signe. Le saumon serait-il le nouveau pétrole ?
Stéphane Farouze a troqué les salles de marché contre les cuves d’élevage, mais sa logique reste la même : maximiser les profits. Ancien cadre de la Deutsche Bank, spécfiliste des placements risqués, il a quitté la finance en 2015 pour se lancer dans l’aquaculture industrielle. Il dit vouloir « faire quelque chose qui améliore réellement le monde », comme le rapporte le média LandbasedAQ. Pourtant, son projet repose sur une technologie qui n’a encore jamais été maîtrisée à cette échelle. Les échecs se multiplient, comme en Pologne, où une tentative d’élevage haute densité a tourné au désastre, tuant des milliers de poissons. « Une caricature du Loup de Wall Street appliquée à l’écologie », résume Reporterre, qui révèle aussi les liens troubles de Pure Salmon avec des paradis fiscaux.
Pure Salmon se présente en champion de la durabilité, mais ses promesses tiennent plus du greenwashing que de la réalité. La société promet des certifications, comme celle de l’Aquaculture Stewardship Council (ASC), qu’elle n’a jamais obtenue pour son projet girondin. Sa filiale française a perdu le label ASC qu’elle détenait brièvement. « Nous allons révolutionner l’aquaculture », tout en ciblant des investisseurs institutionnels avides de placements « verts ». On compte 359 millions de dollars levés en 2020, via des fonds domiciliés en Irlande et aux îles Caïmans. Une opération qui rappelle les montages financiers de la Deutsche Bank, où Farouze a fait ses armes.
Le préfet de Gironde doit bientôt trancher. Il s’agit de risquer la crédibilité des engagements écologiques face à l’appétit des anciens maîtres de la finance.










