À Marmande, le 19 juin dernier, une ferme familiale mise en liquidation judiciaire est vendue aux enchères. Lucas, 18 ans, petit-fils des anciens propriétaires et élève en lycée agricole, rêve de la reprendre. Mais un retraité de 79 ans fait irruption dans la procédure avec une offre tardive, bouleversant le fragile équilibre d’un dossier devenu emblématique des difficultés de la transmission agricole en France. La Coordination rurale s’empare du cas pour dénoncer les dérives d’un système où les lois du marché supplantent celles du bon sens paysan.
C’est une mauvaise fable rurale : un jeune homme, prêt à relever la terre de ses aïeux, voit son espoir piétiné par un investisseur septuagénaire, inconscient, dit son avocat, de l’émotion suscitée. “Il ne savait pas qu’en se portant enchérisseur, il venait télescoper le combat d’un jeune homme de 18 ans rêvant de reprendre la ferme de son grand-père”, plaide Me Novion à l’AFP. L’homme s’est retiré, sous un flot d’insultes sur les réseaux sociaux, mais pas sans laisser de traces : l’enchère est invalidée, la vente reportée. Selon Sud Ouest, c’est la Safer, garante du foncier agricole, qui avait fait une première offre à prix plancher, espérant favoriser l’installation de Lucas.
Le dossier prend une tournure politique. La Coordination rurale, syndicat réputé pour ses actions musclées, revendique avoir “mis la pression” pour décourager les enchérisseurs dans tout le Lot-et-Garonne. La Cour d’appel d’Agen, elle, recadre : “entraver ou troubler la liberté des enchères” est passible de six mois de prison et 22 500 euros d’amende. Comment préserver la légalité sans broyer l’héritage agricole, alors que la moitié des exploitants partira à la retraite d’ici dix ans ? Comme l’a rappelé la Safer Nouvelle-Aquitaine, des enchères aussi basses et désertées restent “extrêmement rares”. Rares, mais symptomatiques d’un malaise profond.
La vente sera relancée à l’automne, à 11 000 euros.










