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Un logiciel israélien de géolocalisation de masse au service du luxe ?

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Chez LVMH, la vie privée aurait presque été traitée comme une contrefaçon à éliminer.

Webloc, ou la géolocalisation sans effraction

Webloc n’est pas présenté comme un nouveau Pegasus. Il ne serait pas nécessaire d’infecter le téléphone de la personne suivie. D’après une analyse détaillée du Citizen Lab, l’outil exploite des données de localisation provenant d’applications mobiles et de l’écosystème publicitaire. Les documents étudiés évoquent un accès pouvant atteindre 500 millions d’appareils et la possibilité de remonter jusqu’à trois ans de déplacements.

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Les recherches reposeraient notamment sur les identifiants publicitaires associés aux téléphones. Une succession de points GPS peut alors révéler un domicile probable, un lieu de travail, des habitudes ou des fréquentations. Pas besoin de crocheter la serrure lorsque le marché de la publicité a déjà distribué le double des clés.

Webloc a été développé par Cobwebs Technologies, une société israélienne fondée par d’anciens membres des forces spéciales et du renseignement, avant son intégration à l’américain Penlink. Du renseignement militaire au marché privé, le trajet semble plus court que celui des téléphones suivis. Penlink assure que ses fournisseurs recueillent le consentement des utilisateurs et que la version actuelle du produit ne contient que des localisations associées à des identifiants d’appareils. Citizen Lab précise ne pas avoir pu vérifier indépendamment l’étendue réelle, l’exactitude ou l’actualité des données.



LVMH dit avoir renoncé, mais à quoi exactement ?

La formulation rapportée par Mediapart laisse une série de questions très concrètes. Webloc a-t-il seulement été présenté lors d’une démonstration ? Une licence a-t-elle été achetée ? Un accès opérationnel a-t-il été ouvert ? Des identifiants ont-ils été saisis dans le moteur de recherche ? Combien de personnes pouvaient utiliser l’outil et qui avait validé le projet ?

À ce stade, il serait abusif d’affirmer que des salariés, des syndicalistes, des journalistes, des concurrents ou des clients ont été suivis. Les informations rendues publiques ne permettent d’identifier aucune cible et aucun usage effectif n’est démontré. Mais le simple fait qu’un outil de cette puissance ait été déployé au profit d’un groupe privé exige davantage qu’une formule laconique annonçant un renoncement.

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Quel cadre juridique pour suivre des téléphones par millions ?

La CNIL rappelle que la collecte et la réutilisation des données de géolocalisation posent des enjeux majeurs de protection de la vie privée. Un traitement réalisé par une entreprise doit notamment poursuivre une finalité déterminée, reposer sur une base légale, rester proportionné et respecter les obligations de transparence, de sécurité et de conservation.

Un clic sur « accepter » dans une application météo ne devient pas mécaniquement un mandat général permettant à une autre société de reconstituer plusieurs années de déplacements. Même lorsque le fournisseur invoque le consentement, il reste à savoir à quoi l’utilisateur a réellement consenti, pour quelle finalité et au bénéfice de qui.

La surveillance, un vieux motif dans la maison LVMH

Chez LVMH, la surveillance n’est pas un sujet entièrement neuf. Dans le dossier Squarcini, le groupe présidé par Bernard Arnault avait accepté en 2021 une convention judiciaire d’intérêt public de 10 millions d’euros. L’ancien patron du renseignement intérieur a ensuite été condamné en première instance en 2025 dans une affaire comprenant notamment des opérations menées au bénéfice de LVMH ; ses avocats avaient annoncé faire appel. La surveillance de masse a simplement remplacé le trench-coat par un tableau de bord.

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Il manque donc encore l’essentiel : le nom de la filiale, la nature du contrat, la durée de l’accès, les éventuelles recherches réalisées et la raison précise de l’abandon. Avant d’écrire que LVMH a espionné qui que ce soit grâce à Webloc, ces faits doivent être établis. Mais pour un groupe qui vend l’authenticité et la traçabilité au prix fort, fournir la traçabilité de cette décision serait un minimum. Pour l’instant, la vitrine reste fermée.



Source

RESIST CAEN
Author: RESIST CAEN

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