
Un ton d’une condescendance inouïe
Dès son propos liminaire, Xavier Niel, fondateur d’Iliad/Free et symbole d’un capitalisme sans complexe, a adopté une posture d’une agressivité rare. Il a accusé le rapporteur de la commission, le député Charles Alloncle, d’avoir transformé l’audition en « cirque », sous-entendu qu’il mentait en évoquant des « bêtises » relayées sur les réseaux sociaux, et a menacé à plusieurs reprises de quitter la séance : « Si vous ne voulez pas m’entendre, je m’en vais. » Interrompu ou recadré, il s’est emporté, gesticulant, haussant le ton, coupant la parole, comme un homme habitué à n’obéir qu’à lui-même.
L’audition de Xavier Niel par une commission d’enquête de l’Assemblée nationale ce jour a été très significative.
Elle permet tout d’abord de noter la violence, extraordinaire, la pulsionnalité et l’absence d’inhibition des personnes les plus puissantes de France, qui se… https://t.co/TjklA7TYLH pic.twitter.com/T44uT4YwhR
— Juan Branco ✊ (@anatolium) April 2, 2026
L’absence justifiée par l’impunité
Le clash le plus révélateur a porté sur son absence à la convocation précédente, le 26 février. Jérémie Patrier-Leitus, président de la commission, a simplement demandé les motifs de cette défection, rappelant les règles de l’ordonnance de 1958. Niel a refusé de répondre directement, affirmant que ses obligations d’entrepreneur primaient. Il a même invoqué le « sauvetage » d’Exaion, une société française menacée par un rachat américain, pour justifier son absence : « Mes priorités sont vitales pour le pays. » Il est allé jusqu’à prétendre que les services de l’Assemblée lui avaient répondu de « se faire voir » lorsqu’il avait proposé un report ou une visioconférence. Le président a dû défendre ses fonctionnaires face à cette accusation infondée.
Un contraste saisissant entre l’oligarque et la nation
Ce qui frappe dans ces échanges, c’est l’écart abyssal entre la posture de Niel et celle des représentants de la nation. Le président de la commission s’est presque excusé de poser une question légitime, comme s’il fallait ménager un invité de marque plutôt qu’exercer un contrôle démocratique. Niel, lui, a donné des leçons de patriotisme et de sérieux aux députés, tout en les traitant comme des gêneurs incompétents. Il a critiqué le coût des productions du service public, suggérant que Mediawan aurait pu faire mieux et moins cher, avant de s’offusquer quand on lui rappelait que c’était précisément le sujet de l’audition.
Un symptôme de la soumission politique
Cette scène n’est pas anecdotique. Elle révèle une réalité inquiétante : la soumission d’une partie de la représentation nationale face à des puissances économiques qui se croient intouchables. Les élus, censés contrôler au nom du peuple, se retrouvent à composer avec des milliardaires qui les méprisent ouvertement, qualifient leurs travaux de « cirque » et exigent d’être traités comme des hôtes sacrés. Le refus de toute limite, l’absence d’inhibition et la pulsion de domination affichée par Niel trahissent un sentiment d’impunité absolu.
Un rapport de force inversé
On ne peut s’empêcher de comparer cette audition à d’autres où des acteurs moins puissants ont été traités avec une fermeté bien différente. Ici, le rapport de force est inversé : ce sont les « maîtres » qui dictent leur loi, mentent ou esquivent sous serment sans conséquence, et transforment une commission parlementaire en tribune personnelle. Le fonds d’indépendance du groupe Le Monde, administré par les enfants de Xavier Niel alors qu’ils étaient à peine majeurs, en est un symbole parmi d’autres : derrière les apparences de vertu républicaine se cache le contrôle réel d’une poignée d’oligarques sur l’information et la vie publique.










