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Interdiction des réseaux sociaux chez les moins de 16 ans: Devant l’échec de sa loi, l’Australie durcit les sanctions et veut doper son régulateur

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Canberra hausse le ton contre les plateformes de la tech. Quelques jours après la publication d’une étude démontrant que l’interdiction des réseaux sociaux aux mineurs obtient des résultats très loin du compte, l’Australie a annoncé doubler la sanction qui pourrait toucher les sociétés qui contournent cette loi et prévoit de renforcer les prérogatives du régulateur australien pour pouvoir brider les différentes plateforme si besoin.

Depuis décembre 2025, une interdiction d’accès aux réseaux sociaux pour les moins de 16 ans est en vigueur en Australie. Les mineurs n’ont plus le droit de créer de nouveaux comptes ou de continuer à utiliser les leurs sur les plateformes, qui ont une responsabilité directe pour appliquer cette mesure, présentée comme pionnière. L’objectif, rappelle-t-on, est de limiter l’exposition des adolescents aux algorithmes jugés addictifs ainsi qu’aux contenus criminels. Mais la manière repose déjà sur un principe fragile : faire vérifier l’âge à des services qui ont tout intérêt à laisser passer du trafic. 

Une loi “infaillible”, se défend Canberra

Un peu plus d’un semestre plus tard, une étude a révélé que l’effet paraît pour l’instant assez limité. Une étude publiée dans le British Medical Journal indique qu’après trois mois, il n’y avait pas de réduction substantielle de l’usage des réseaux sociaux chez les moins de 16 ans. Plus de 85% des adolescents concernés utilisaient encore des plateformes visées par la loi. Les 12-13 ans bougent peu, les 14-15 ans réduisent légèrement leur usage, et les plus de 16 ans l’augmentent même. Autrement dit, la frontière légale ne produit pas à elle seule un changement de comportement massif. 

Les chercheurs rapportent des comptes au nom d’adultes, de faux profils et l’usage de navigateurs privés, ce qui donne à la loi un parfum de course permanente entre régulation et bricolage numérique. On comprend donc la logique politique, mais on voit aussi sa limite : protéger les jeunes, oui, mais en leur demandant de disparaître d’un écosystème qu’ils savent déjà traverser. 

Le gouvernement australien avait vite exprimé son intention de rester ferme après la publication de cette étude. Le ministère des Communications renvoie la responsabilité aux géants de la tech. “La législation australienne en matière de réseaux sociaux, à la pointe au niveau mondial, n’est pas défaillante. Ce sont les géants de la tech qui ne respectent pas la loi”, a affirmé Anika Wells. Le régulateur eSafety exige des “mesures raisonnables” allant jusqu’à l’analyse de signaux comme l’activité, le langage, les connexions sociales ou la localisation. Cela pourrait être cohérent sur le papier, mais un peu paradoxal aussi : pour échapper à un pistage commercial jugé intrusif, on demande aux plateformes de mettre en place un autre pistage, simplement rebaptisé protection. 

Actuellement, les plateformes risquent des amendes pouvant atteindre 49,5 millions de dollars australiens (plus de 30 millions d’euros, NDLR) si elles ne démontrent pas qu’elles déploient des efforts significatifs pour exclure les utilisateurs mineurs. En mars dernier déjà, TikTok, Instagram et YouTube ont été accusés d’enfreindre l’interdiction et ont été menacés de sanctions par le régulateur australien. 

“Les géants de la tech ne font pas assez”

Samedi, Canberra a annoncé doubler l’amende pour les plateformes qui contournent son interdiction. Il est désormais question de près de 60 millions d’euros, soit 99 millions de dollars australiens. Le gouvernement australien envisage également de doter le gendarme du numérique de pouvoirs accrus pour brider les plateformes.

“Il est clair que les géants de la tech ne font pas assez pour se conformer à la loi; il y a encore trop d’enfants sur les réseaux sociaux”, a déclaré le Premier ministre Anthony Albanese. “Ces changements reflètent le sérieux avec lequel nous prenons tout manquement des entreprises de réseaux sociaux à leurs obligations”, a-t-il ajouté.

Le régulateur australien enquête actuellement sur de potentiels manquements de la part de Facebook, Instagram, Snapchat, TikTok et YouTube, a ajouté le gouvernement dans un communiqué.

Depuis des années — et plus encore depuis la mesure australienne — l’interdiction des réseaux sociaux fondée sur une vérification d’âge alimente un débat à la fois technique et politique. Sur le papier, l’objectif paraît simple. Dans la pratique, il est prévisible que l’efficacité réelle soit plus limitée que promis, car les contournements sont nombreux : faux comptes, identité empruntée, navigateurs privés, et, selon le niveau de contrôle, VPN. Le vrai sujet, comme le rappellent de nombreuses ONG, est celui de l’équilibre entre protection des mineurs et anonymat en ligne, puisque plus on renforce la vérification, plus on fragilise l’idée d’un usage discret, voire anonyme, du web.

Cette loi australienne a aussi servi de déclencheur en Europe, où plusieurs responsables politiques regardent désormais ce modèle avec intérêt, au point d’envisager d’aller plus loin contre les outils de contournement, y compris les VPN. Les mêmes gouvernements qui ont demandé la levée de certains verrouillages dans les messageries chiffrées au nom de la sécurité, défendent aujourd’hui des dispositifs de contrôle plus intrusifs au nom de la protection. 





Source

RESIST CAEN
Author: RESIST CAEN

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