
Il fallait y penser. Pour protester contre un universitaire qui dénonce depuis des années la censure et l’intolérance idéologique sur les campus américains, des étudiants ont tenté de l’empêcher de parler.
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La scène s’est déroulée en mai 2026 à la New York University. Jonathan Haidt, professeur de psychologie sociale à la Stern School of Business, avait été choisi pour prononcer le discours de la cérémonie générale de remise des diplômes, organisée le 14 mai au Yankee Stadium.
Cette nomination a fortement contrarié le comité exécutif de l’assemblée étudiante. Dans une lettre adressée à la direction, ses membres ont demandé à l’université de « reconsidérer » son choix.
Selon le journal étudiant Washington Square News, ils reprochaient notamment à Haidt ses critiques contre les politiques de diversité, d’équité et d’inclusion, ainsi que ses positions sur la culture progressiste universitaire.
Autrement dit, un professeur pouvait parfaitement intervenir devant les étudiants, à condition de ne pas risquer de contredire les étudiants.
L’inclusion réclame une exclusion
Les contestataires estimaient que Jonathan Haidt ne représentait pas correctement « les valeurs et la diversité » des diplômés. Ils jugeaient sa désignation « profondément troublante » et susceptible de provoquer de la « déception » ou du « ressentiment ».
Le raisonnement mérite un diplôme à lui seul : au nom de la diversité, il fallait exclure un orateur ; au nom de l’ouverture, fermer le micro ; et au nom du respect, protéger les diplômés contre un discours qu’ils n’étaient pas obligés d’approuver.
Jonathan Haidt n’est pourtant pas un agitateur recruté devant les grilles de l’université. Il enseigne lui-même à NYU et travaille depuis plusieurs années sur les effets des réseaux sociaux, de la surprotection et de la polarisation politique sur les jeunes générations.
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Il est notamment coauteur de The Coddling of the American Mind, un ouvrage consacré à la fragilité intellectuelle encouragée dans certaines universités. La tentative de déprogrammation organisée par ses propres étudiants ressemblait donc moins à une réfutation qu’à une opération promotionnelle grandeur nature.
Jonathan Haidt maintenu malgré les huées
La direction de NYU n’a finalement pas cédé. Son porte-parole Wiley Norvell a présenté Haidt comme « l’un des chercheurs les plus importants du XXIe siècle », rappelant que ses travaux avaient changé la compréhension des effets de la technologie sur l’isolement et la polarisation.
Le 14 mai, Jonathan Haidt est donc monté sur scène. Il a été accueilli par des huées, tandis qu’environ trois dizaines d’étudiants quittaient la salle. Une réponse universitaire particulièrement élaborée : ne pas écouter un discours afin de démontrer qu’il ne méritait pas d’être écouté.
Haidt a poursuivi son intervention. Il a conseillé aux diplômés de « reprendre le contrôle de leur attention » et de « faire des choses difficiles ». Il leur a également rappelé que l’être humain n’est pas nécessairement fragilisé par le désaccord ou l’épreuve, mais peut au contraire en sortir plus solide.
Conseil manifestement radical en 2026 : rencontrer des idées contraires sans exiger immédiatement leur disparition.
« Ce à quoi vous prêtez attention façonne ce qui vous importe, et ce qui vous importe façonne ce que vous devenez », a-t-il déclaré, selon le compte rendu de la cérémonie.
Les étudiants opposés à sa venue voulaient montrer que Jonathan Haidt ne comprenait rien à leur génération. En tentant de le censurer, en le huant puis en quittant la salle, ils ont surtout résumé plusieurs centaines de pages de ses livres en quelques minutes.
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À NYU, le spécialiste de la culture de l’annulation a finalement pu parler. Ses adversaires, eux, lui ont fourni gratuitement la conclusion.










