Six ans après leur inauguration en grande pompe par Emmanuel Macron, les bus à hydrogène de Pau vont être progressivement retirés de la circulation. La station de ravitaillement enchaîne les pannes, le constructeur a fait faillite, et l’agglomération bascule vers des véhicules électriques et hybrides. Deux des huit bus sont déjà hors service, sans que le coût de la reconversion soit encore connu.
Selon franceinfo, la nouvelle majorité de l’agglomération paloise considère ce système comme un fiasco, alors même qu’Emmanuel Macron avait inauguré cette flotte ultramoderne en 2020, aux côtés du maire de l’époque François Bayrou, à l’origine du projet. Ces bus ont coûté 13 millions d’euros. Depuis, les pannes récurrentes de la station de recharge obligent à acheter de l’hydrogène produit ailleurs en France et transporté par camion, un paradoxe pour un projet vendu comme écologique. Philippe Castagno, secrétaire général CGT du réseau Idelis, explique que ces véhicules quasi artisanaux, jamais fabriqués en série, rendent l’approvisionnement en pièces détachées particulièrement long et compliqué. François Bayrou, lui, rejette les critiques et défend le bilan de sa flotte, qui a transporté 14 millions de passagers sur 2 millions de kilomètres en six ans. « C’est une folie absolue », tranche-t-il.
L’ampleur du gâchis financier dépasse la seule facture des véhicules. Selon L’Energeek, l’investissement initial du projet, baptisé Fébus, s’élevait en réalité entre 70 et 74,5 millions d’euros. Le constructeur belge Van Hool, spécialisé dans les bus haut de gamme et centenaire, a déposé le bilan en 2024, sans résister aux tensions économiques post-pandémie ni aux difficultés de la transition vers l’hydrogène. Un quart de la flotte, soit deux bus sur huit, est déjà immobilisé au dépôt faute de pièces disponibles, et l’approvisionnement de secours par camion coûte désormais des dizaines de milliers d’euros à la collectivité.
D’après L’Automobiliste, le prestataire chargé de la maintenance de la station a fini par réclamer un tarif multiplié par trois ou quatre, ce qui a achevé de convaincre l’agglomération d’abandonner le projet malgré les 15 millions d’euros de subventions publiques déjà engloutis. André Duchateau, ex-premier adjoint à la mairie de Pau, résume l’échec sans détour : « C’était un pari perdu d’avance. » Les bus électriques et hybrides qui doivent remplacer la flotte à hydrogène ne sont pas attendus avant plusieurs années, les carnets de commandes des constructeurs européens étant déjà saturés. Une réunion est prévue à la rentrée pour préciser le calendrier et le budget de cette reconversion. En attendant, Pau roule sur les dernières réserves d’un pari qui s’est bel et bien asséché.










