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Abeilles africanisées, tiques et moustiques génétiquement modifiés : les apprentis sorciers du vivant

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Un article publié par Slate.fr revient sur un épisode méconnu des années 1950 au Brésil. Le généticien Warwick Estevam Kerr y avait importé des abeilles africaines réputées pour leur productivité afin d’en créer un hybride plus performant pour la production de miel, à la demande des autorités. L’objectif était d’optimiser génétiquement l’espèce au service d’une agriculture intensive, sans toujours anticiper les conséquences écologiques.

Une erreur technique – des grilles de protection retirées par un assistant – a permis l’évasion de vingt-six reines. De cette « fuite » est née l’abeille africanisée, communément appelée « abeille tueuse ». Moins venimeuse que d’autres espèces, elle se distingue par une agressivité extrême : elle attaque en essaims importants et peut poursuivre ses victimes sur de longues distances. Depuis les années 1960, plus de 1 000 décès humains ont été recensés en Amérique, principalement dus à des réactions allergiques ou à des attaques massives. L’espèce progresse de 300 à 500 km par an. Elle s’étend désormais dans le sud des États-Unis, où sa présence inquiète les autorités locales.

Ce cas n’est pas isolé. Le professeur Christian Perronne, infectiologue, évoque depuis plusieurs années l’hypothèse d’une origine militaire de la maladie de Lyme. Des documents américains déclassifiés grâce à la loi FOIA décrivent des programmes de recherche entre 1943 et 1969, menés notamment à Plum Island et Fort Detrick. L’armée américaine y a expérimenté sur des tiques dans le cadre d’opérations comme Big Itch et Big Buzz. Des centaines de milliers de tiques infectées, dont 282 800 tiques « lone star » radio-marquées, auraient été relâchées dans des zones précises. Les premiers foyers de Lyme ont été identifiés dans les années 1970 à proximité de ces sites. Willy Burgdorfer, qui a identifié la bactérie Borrelia burgdorferi, aurait selon certaines analyses occulté des co-infections liées à ces travaux. La maladie de Lyme reste aujourd’hui une pathologie chronique très peu reconnue en France, avec des tests parfois jugés insuffisants et des patients confrontés à des difficultés de prise en charge.

A lire aussi : La maladie de Lyme : des documents déclassifiés américains relient l’épidémie à des programmes d’armes biologiques – le Pr Christian Perronne alertait depuis plus de 25 ans

Une troisième expérimentation suscite également le débat : les moustiques génétiquement modifiés de Bill. La fondation Bill & Melinda Gates finance, via Oxitec et Target Malaria, des programmes de lâchers de mâles OGM porteurs d’un gène létal. L’idée est de réduire les populations de moustiques femelles vecteurs du paludisme en les rendant stériles. Des millions d’insectes ont déjà été relâchés en Afrique, en Asie et en Amérique. Ces opérations font face à des oppositions locales, notamment au Burkina Faso, où des riverains et des associations questionnent les effets à long terme sur les écosystèmes et la biodiversité entre autres.

A lire aussi : Des chercheurs utilisent des moustiques vivants génétiquement modifiés pour “vacciner” contre le paludisme

Abeilles « productivistes », tiques issues de programmes militaires, moustiques « philanthropiques », trois exemples qui illustrent une même logique. Des scientifiques, des institutions militaires ou des acteurs privés qui interviennent sur le génome d’espèces vivantes pour répondre à des objectifs précis : rendement agricole, recherche de défense ou lutte contre les maladies. Et à chaque fois, des incidents ou des imprévus observés…

Des dossiers qui soulèvent de fortes interrogations sur les risques d’une modification incontrôlée du vivant. Les partisans de ces technologies mettent en avant des bénéfices potentiels (augmentation de la production, lutte contre des épidémies) mais à quel prix. Les critiques insistent sur l’absence de recul suffisant et sur les effets collatéraux notoires. Les autorités sanitaires et environnementales, elles, continuent d’observer ces phénomènes… 





Source

RESIST CAEN
Author: RESIST CAEN

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