
« L’année la plus meurtrière depuis plus de trente ans. » La formule est parfaite pour les titres de presse, les plateaux alarmistes et les responsables politiques pressés de légiférer avant le dessert.
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Le rapport publié le 29 juillet 2026 par le J7, un regroupement de grandes organisations juives implantées dans sept pays, affirme que plus de 23 000 incidents antisémites ont été enregistrés en 2025.
Il couvre l’Argentine, l’Australie, le Canada, la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni et les États-Unis, où vivent plus de 90 % des juifs établis hors d’Israël.
Vingt morts, dont quinze dans une seule attaque
Le bilan humain ne doit être ni relativisé ni noyé sous les querelles politiques. Vingt personnes ont été tuées dans quatre attaques qualifiées d’antisémites : quinze à Sydney, deux à Manchester, deux à Washington et une à Boulder.
Ces assassinats font de 2025 l’année la plus meurtrière depuis l’attentat contre l’AMIA à Buenos Aires en 1994.
Mais ce chiffre de vingt morts ne doit pas être confondu avec celui des 23 000 « incidents ». Cette seconde catégorie réunit des réalités très différentes : agressions, menaces, dégradations, harcèlement, inscriptions, publications sur Internet et propos tenus lors de rassemblements.
Passer des victimes assassinées au nombre total d’incidents sans expliquer ce changement d’échelle permet de produire une impression de continuité. Un meurtre, un graffiti et une déclaration politique se retrouvent ainsi rangés dans la même grande vitrine.
Des statistiques qui ne racontent pas toutes la même chose
Le J7 additionne par ailleurs les données collectées par sept organisations nationales, avec des méthodes, des législations et des systèmes de signalement différents. Il ne s’agit donc pas d’un registre policier mondial appliquant partout la même règle.
Le communiqué reconnaît lui-même qu’entre 2024 et 2025, le nombre d’incidents a diminué aux États-Unis de 33 %, en Australie de 20 %, au Canada et en France de 16 %. Il a augmenté de 5 % au Royaume-Uni, de 4 % en Argentine et de moins de 1 % en Allemagne.
Voilà une précision beaucoup moins vendeuse que « nouveau record mondial ».
Le chiffre général demeure nettement supérieur à celui de 2022, mais l’année choisie comme référence précède le 7 octobre 2023 et la destruction de Gaza. Depuis, manifestations, campagnes universitaires, appels au boycott et dénonciations des crimes israéliens ont occupé une place considérable dans l’espace public.
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Quand l’antisionisme entre dans la machine à compter
Le point le plus politique apparaît dans une autre statistique : l’« antisionisme » aurait motivé 48 % des incidents recensés au Royaume-Uni, 45 % aux États-Unis et 23 % en Allemagne.
Tout dépend alors de la frontière tracée entre haine des juifs et opposition au sionisme ou au gouvernement israélien.
L’Anti-Defamation League, membre fondateur du J7, affirme ne pas inclure la critique ordinaire d’Israël ni la défense des droits palestiniens. Son audit américain pour 2025 indique pourtant que 45 % des incidents recensés aux États-Unis étaient liés à Israël ou au sionisme.
La question n’est donc pas de nier l’existence de l’antisémitisme. Elle est de savoir à partir de quel mot, de quel slogan ou de quelle accusation une critique politique devient, selon les auteurs du rapport, une manifestation de haine raciale.
La Déclaration de Jérusalem sur l’antisémitisme, rédigée par des universitaires et spécialistes de la Shoah, rappelle que soutenir les droits des Palestiniens, critiquer le sionisme ou dénoncer la conduite d’Israël n’est pas, en soi, antisémite.
Cette distinction devient indispensable au moment où les accusations d’antisémitisme servent régulièrement à neutraliser ceux qui documentent les massacres à Gaza.
L’antisémitisme ne doit pas devenir le bouclier d’Israël
Les agressions contre des juifs, les attaques de synagogues, les menaces et les profanations doivent être combattues sans hésitation. Mais cette lutte perd toute crédibilité lorsqu’elle devient une protection diplomatique offerte à l’État israélien.
Alors que des organisations internationales documentent les destructions, la famine et les déplacements forcés à Gaza, qualifier automatiquement leurs soutiens d’antisémites permet d’éviter une discussion autrement plus embarrassante : celle des actes commis par Israël.
Un rapport sur l’antisémitisme mérite d’être lu sérieusement. Précisément pour cette raison, il ne doit pas être transformé en communiqué sacré, récité sans examiner les catégories, les méthodes et les intérêts politiques qui accompagnent les chiffres.
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Combattre la haine des juifs est une nécessité. Transformer toute critique d’Israël en antisémitisme est une manœuvre. Confondre les deux ne protège personne, sauf peut-être le gouvernement israélien.










