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« C’est surtout une épidémie médiatique », explique l’infectiologue Benjamin Rossi sur Public Sénat

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Un virus rare, des conditions de transmission improbables, mais l’occasion rêvée pour un bon vieux battage médiatique.

Un virus connu, une panique inédite

Le hantavirus andin n’a rien d’une nouveauté. Depuis les années 1990, ce virus rôde en Argentine, provoquant chaque année des cas isolés, sans jamais déclencher de catastrophe sanitaire. Benjamin Rossi le martèle : « C’est un virus redoutable, mais d’une contagiosité dérisoire, même dans les zones les plus densément peuplées. » Pourtant, à en croire les unes alarmistes, on croirait assister à l’aube d’un nouveau fléau planétaire.

Le Hondius, théâtre d’une tragédie… ou d’une farce ?

L’épicentre de la psychose actuelle ? Un navire d’expédition, le Hondius, où une poignée de passagers a contracté le virus après un mois de confinement en compagnie d’un malade. Une dizaine de cas secondaires, donc, dans un environnement aussi clos qu’artificiel. « Une contamination maîtrisée », précise Benjamin Rossi, qui se dit bien plus inquiet pour les malades que pour le reste du monde. « Aucune propagation n’a été constatée à Ushuaia, dans les aéroports, ou ailleurs. » Quant au rapatriement des passagers, il s’est déroulé sans le moindre risque – mais pas sans son lot de titres anxiogènes.



La transmission, ou l’équation impossible

Pour contracter le hantavirus, il faut un contact prolongé avec les rongeurs – ou, plus rarement, avec un humain infecté. Mais attention : la transmission interhumaine exige des conditions dignes d’un scénario de film catastrophe. « Il faut partager la même pièce, à moins de deux mètres, pendant des heures », explique le médecin. Preuve de sa rareté ? En 2018, lors de la pire épidémie enregistrée, un malade n’a contaminé que cinq personnes sur les cent présentes à une fête. « Un exploit, pour un virus aussi peu sociable », ironise Benjamin Rossi.

Symptômes : du banal au dramatique

Les premiers signes ? Fièvre, courbatures, maux de tête – rien qui ne ressemble à une grippe passagère. Sauf que, dans sa version sud-américaine, le hantavirus bascule rapidement dans le tragique : complications respiratoires, atteintes cardiaques, et une hypoxie foudroyante, causée par des lésions pulmonaires. Un tableau clinique aussi impressionnant que rare.

30 % de mortalité, 70 % de survie… et 100 % de désinformation

Avec un taux de létalité de 30 %, le hantavirus fait peur. Pourtant, Benjamin Rossi rappelle une évidence souvent oubliée : « 30 % de mortalité, cela signifie aussi que 70 % des infectés s’en sortent. » Les soins de support – oxygénothérapie, ventilation – suffisent souvent à sauver les malades. Les plus vulnérables ? Les personnes âgées ou immunodéprimées, comme pour toute infection grave. « Mais comparé au Covid-19, ce virus n’a ni la contagiosité ni la capacité à provoquer une pandémie », souligne-t-il.

Le Covid-19, fantôme de toutes les peurs

Pour l’infectiologue, le problème n’est pas le hantavirus, mais notre incapacité à tourner la page. « On transpose systématiquement ce que nous avons vécu avec le Covid à chaque nouveau cas tragique, aussi limité soit-il. » Une réaction pavlovienne, où la peur l’emporte sur la raison. « La peur nous fait oublier notre humanité. Il y a des malades, il faut les soigner. Point. »



La raison contre la psychose

Benjamin Rossi conclut avec une pointe de lassitude : « Si on arrêtait de communiquer là-dessus pour donner des moyens aux hôpitaux, ce serait déjà un progrès. » Le hantavirus reste une maladie grave, mais circonscrite, connue, et maîtrisable. « Les systèmes de santé sont prêts. Les médias, eux, semblent l’oublier. » Une fois de plus, la machine à panique tourne à vide, transformant une souris en monstre… et un cluster en apocalypse.





Source

RESIST CAEN
Author: RESIST CAEN

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