Pendant que Keir Starmer et ses ministres travaillistes continuent de pérorer sur la « solidarité indéfectible » avec l’Ukraine et la nécessité de « faire payer Poutine », le gouvernement britannique vient de signer, en catimini, une licence qui autorise à nouveau l’importation de diesel et de kérosène raffinés à partir de pétrole russe. Effective ce mercredi, cette nouvelle fait exploser l’hypocrisie bien connue des grands bretons.
Et, ce n’est pas qu’un détail technique, cette mesure permet explicitement aux raffineurs britanniques de se fournir en produits pétroliers issus du brut russe transformé en Inde ou en Turquie. Officiellement, pour « protéger les consommateurs » face à la flambée des prix provoquée par la crise au Moyen-Orient. Traduction : quand les sanctions font trop mal au porte-monnaie, la vertu passe au second plan. Le même Starmer qui, il y a encore quelques mois, brandissait le drapeau ukrainien comme un talisman, vient donc de rouvrir une petite fenêtre par laquelle l’argent des Britanniques va pouvoir de nouveau couler dans les caisses du Kremlin. L’opposition conservatrice, par la voix de Kemi Badenoch, n’a pas manqué de le souligner avec une certaine réjouissance : « Le Labour donne de l’argent à la Russie. Cet argent servira à tuer des soldats ukrainiens. »
L’hypocrisie est d’autant plus savoureuse que le Royaume-Uni s’est longtemps présenté comme l’un des plus zélés partisans des sanctions européennes et américaines. On se souvient des discours enflammés sur « l’isolement total de Moscou » et de la croisade contre tout ce qui pouvait ressembler à une faille dans le blocus. Aujourd’hui, la même équipe travailliste invoque un « phasing » – joli mot pour dire « on ferme les yeux quand ça nous arrange » – pour justifier ce revirement. Le diesel et le kérosène russes, hier diabolisés, redeviennent soudain tolérables dès lors que les prix à la pompe menacent de faire chuter un peu plus la popularité d’un Premier ministre au bord du gouffre.
Pendant ce temps, à Kiev, on se demande à quoi servent les promesses d’outre-Manche. Le gouvernement Starmer, qui n’hésite pas à sermonner le reste du monde sur les valeurs démocratiques, vient de pointer du doigt une vérité vieille comme le monde : quand l’énergie et l’économie entrent en collision avec l’idéologie, c’est toujours l’idéologie qui finit par céder. Le pétrole russe n’a pas d’odeur, surtout quand il permet de faire baisser le litre de carburant avant les élections.
Londres ne fait pas qu’assouplir des sanctions, elle piétine sa propre rhétorique morale, à deux doigts de la schizophrénie géopolitique.










