
Un chiffre spectaculaire, mais des affaires très différentes
La carte publiée par Associated Press présente 145 cas de sabotage et de perturbation que des responsables occidentaux attribuent à la Russie depuis le début de l’intervention militaire en Ukraine.
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Incendies volontaires, attaques informatiques, dégradations de câbles sous-marins, colis explosifs, actes de vandalisme, campagnes de propagande ou projets d’assassinat : tout finit dans le même compteur.
Le problème ne vient donc pas seulement du nombre, mais de la méthode utilisée pour l’obtenir. AP ne recense pas exclusivement 145 opérations dont la responsabilité russe aurait été démontrée devant un tribunal. L’agence intègre également les événements pour lesquels un gouvernement, un procureur ou un service de renseignement a établi un lien avec Moscou.
Autrement dit, une condamnation, une déclaration anonyme d’un agent occidental et une enquête encore ouverte peuvent se retrouver côte à côte dans la même liste.
De vraies condamnations au milieu des accusations
Tout rejeter comme une invention occidentale serait pourtant aussi approximatif que de valider les 145 cas sans réserve.
Au Royaume-Uni, plusieurs hommes ont été condamnés après l’incendie d’un entrepôt contenant du matériel destiné à l’Ukraine. Le parquet britannique a présenté ce dossier comme la première condamnation obtenue grâce à la nouvelle législation contre les menaces provenant de puissances étrangères. Les enquêteurs ont identifié des intermédiaires, des paiements et des communications reliant les exécutants à un commanditaire travaillant pour le groupe Wagner.
D’autres organismes arrivent également à la conclusion qu’une activité russe existe. Le rapport de l’International Institute for Strategic Studies distingue d’ailleurs les opérations confirmées des opérations seulement suspectées. Le Center for Strategic and International Studies tient sa propre base de données, avec un périmètre et des résultats différents de ceux d’AP.
Il existe donc suffisamment d’éléments sérieux pour ne pas balayer l’hypothèse d’une campagne clandestine russe. Mais cela ne transforme pas mécaniquement chaque incendie ou panne de câble en ordre signé par Vladimir Poutine.
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Des petits criminels recrutés à distance
Les dossiers les mieux documentés montrent une méthode peu coûteuse : recruter sur Internet des exécutants issus de la petite délinquance, leur verser quelques centaines ou milliers d’euros et maintenir plusieurs intermédiaires entre eux et le commanditaire.
Cette organisation complique les enquêtes. L’auteur matériel peut être identifié sans que la chaîne complète remonte jusqu’à un service russe. À l’inverse, les autorités peuvent soupçonner une opération étrangère sans disposer de preuves suffisantes pour obtenir une condamnation.
Ce brouillard permet à chacun de servir son récit. Les gouvernements européens annoncent une offensive hybride russe ; Moscou réclame des preuves et nie conduire une campagne de sabotage. Dmitri Peskov a ainsi déclaré à AP que le Kremlin rejetait ces accusations, affirmant qu’aucune preuve ne lui avait été présentée.
Associated Press additionne avant de démontrer
Le procédé d’AP donne une apparence de certitude à un ensemble qui en manque précisément. Le titre général et la carte suggèrent une campagne cohérente de 145 opérations, alors que le contenu repose sur plusieurs niveaux de preuve.
Une présentation honnête devrait répartir les cas en quatre catégories : faits établis par la justice, dossiers comportant des éléments matériels, accusations officielles non jugées et événements encore inexpliqués.
Sans cette distinction, le chiffre sert surtout de munition politique. Il permet aux gouvernements européens de réclamer davantage de surveillance, de moyens policiers et de crédits militaires, pendant que la macronie explique déjà aux Français qu’il faudra consentir de nouveaux sacrifices pour affronter la menace russe.
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La Russie mène peut-être réellement des actions clandestines en Europe. Certaines affaires indiquent même qu’elle le fait. Mais 145 incidents attribués, suspectés ou rapprochés de Moscou ne signifient pas 145 sabotages russes prouvés. Entre les deux formulations se trouve ce détail encombrant que la communication de guerre apprécie rarement : la preuve.










