Les Français utilisent de moins en moins de crème solaire, selon une étude récente relayée par Franceinfo, et ce n’est peut-être pas une si mauvaise nouvelle.
71 % déclarent utiliser une protection à la plage ou à la piscine, mais 29 % ne se protègent plus dans ces situations (contre 17 % il y a deux ans). Le recul est particulièrement marqué chez les parents de jeunes enfants (-9 % d’application, -17 % pour le renouvellement), les 18-24 ans (près de la moitié pensent ne pas en avoir besoin), les hommes (4 sur 10) et les travailleurs en extérieur.
Le prix, la corvée de réapplication toutes les deux heures, les substances contenues dans les produits potentiellement nocives, voire même les préoccupations sur l’impact environnemental (notamment sur les récifs coralliens) expliquent en partie cette évolution.
Cette baisse s’explique aussi par une exposition plus raisonnée. Beaucoup privilégient désormais les heures où le soleil est moins fort et se couvrent le reste du temps.
De plus, plusieurs études scientifiques (FDA, EWG, SCCS européen) montrent que des filtres contenus dans les crèmes solaires comme l’oxybenzone, l’octinoxate ou l’homosalate sont absorbés par la peau et détectés dans le sang, l’urine et même le lait maternel. Ces substances sont suspectées d’effets perturbateurs endocriniens, avec des impacts potentiels sur les hormones thyroïdiennes, la reproduction et le système hormonal, selon des travaux publiés dans JAMA et PubMed. Certains filtres (oxybenzone, octinoxate, etc.) sont absorbés dans le sang en quantités mesurables, comme l’a reconnu la FDA. Des inquiétudes existent sur des effets endocriniens ou inflammatoires, même si le lien direct avec le cancer de la peau reste faible. Des contaminations, comme celle au benzène dans certains lots, ont aussi été documentées.
Les crèmes solaires bloquent par ailleurs la synthèse cutanée de vitamine D via les UVB. Or, plusieurs études montrent que les patients atteints de mélanome ont souvent des taux bas de vitamine D, et que la carence est liée à un pronostic plus mauvais. Le soleil modéré sans crème donne de la vitamine D et peut avoir un effet protecteur global (certains travaux lient des niveaux corrects à un risque moindre de certains cancers). C’est un effet secondaire réel sous-estimé.
De plus, ces produits restent des heures sur la peau, chauffent sous l’effet du soleil et peuvent générer du stress oxydatif.
Corrélation n’est pas causalité. Néanmoins, l’incidence des cancers de la peau a doublé, voire triplé, entre 1970 et aujourd’hui, période qui correspond au début de l’usage massif des crèmes solaires à haut SPF. En France, le nombre de nouveaux cas a été multiplié par plus de trois chez les femmes et par plus de cinq chez les hommes entre 1990 et 2023, selon les données de Santé publique France.
De nombreuses études observationnelles (cas-témoins ou cohortes) montrent une association positive : les personnes qui utilisent le plus de crème solaire ont souvent un risque plus élevé de mélanome. C’est ce qu’on appelle le « sunscreen paradox » (paradoxe de la crème solaire), documenté par des chercheurs comme ceux de McGill University ou dans des revues comme Cancers (2023).
Entre le risque de cancer, et celui d’une exposition chronique à des agents potentiellement toxiques, le bon sens – exposition modérée, horaires adaptés et vêtements – pourrait s’avérer le meilleur compromis.










