Chaque année, routes, lotissements et zones commerciales avalent encore des milliers d’hectares de terres naturelles, agricoles ou forestières. La France ralentit, mais fait toujours figure de mauvais élève en ce qui concerne la dégradation des sols.
Selon Sciencepost, qui s’appuie notamment sur France Nature Environnement, la France fait partie des pays européens qui artificialisent le plus leurs sols. En 2014, elle comptait 47 km² artificialisés pour 100 000 habitants, contre 41 km² en Allemagne et 26 km² en Italie. Ce chiffre date, mais il dit quelque chose : la France n’est pas seulement un grand pays agricole. C’est aussi un pays qui étale ses villes, disperse ses maisons et construit loin des centres.
Les données les plus récentes montrent une amélioration, sans permettre de crier victoire. Le Cerema a publié en 2025 son bilan de la consommation foncière 2009-2023. En 2023, 19 263 hectares d’espaces naturels, agricoles et forestiers ont été consommés. C’est le chiffre le plus bas depuis 2009, mais cela représente encore près de 193 km² en une seule année, soit presque deux fois la surface de Paris. Le Cerema précise aussi que 63 % de cette artificialisation est liée à l’habitat et 23 % aux activités économiques.
La réponse politique, c’est le zéro artificialisation nette, ou ZAN. La France vise 2050 pour atteindre cet objectif, avec une étape intermédiaire dès 2031. D’ici là, la consommation d’espaces naturels, agricoles et forestiers doit être divisée par deux par rapport à la décennie précédente. Sur le papier, c’est jouable. Sur le terrain, le projet se heurte aux maires, aux promoteurs, aux besoins de logements, aux projets industriels et à cette vieille habitude de croire que l’espace est infini.
Artificialiser un sol, ce n’est pas seulement changer son apparence. La loi Climat et résilience définit l’artificialisation comme une altération durable des fonctions écologiques, biologiques, hydriques et climatiques d’un sol, ainsi que de son potentiel agronomique. Un sol vivant absorbe l’eau, stocke du carbone, nourrit les plantes, abrite des organismes invisibles. Un sol imperméabilisé ruisselle, chauffe, étouffe. L’Agence européenne pour l’environnement rappelle que cette imperméabilisation menace la biodiversité, augmente les risques d’inondation et contribue au réchauffement.










