Lors de la remise des diplômes de la promotion 2021-2026, des étudiants de Polytechnique ont perturbé la cérémonie pour dénoncer l’influence des grands groupes industriels sur leur école. Derrière les masques de Bernard Arnault et Patrick Pouyanné, ils se sont interrogés : à quoi sert la science quand elle marche au pas du pétrole, de la finance et de l’armement ?
Des uniformes, une école prestigieuse, et des diplômes remis comme des passeports pour les sommets. Vendredi 12 juin, pendant la cérémonie de remise des diplômes de Polytechnique, une quarantaine d’étudiants ont dénoncé l’emprise des grands groupes industriels sur leur formation, selon L’Humanité et Vert. Certains portaient des masques de Bernard Arnault, patron de LVMH, et de Patrick Pouyanné, PDG de TotalEnergies, tous deux anciens élèves de l’X. Le second siège d’ailleurs au conseil d’administration de Polytechnique depuis 2018 en tant que « personnalité qualifiée », aux côtés d’autres personnalités issues du monde de l’entreprise. Le groupe assure qu’il y apporte son expertise d’ingénieur, d’ancien haut fonctionnaire et de dirigeant.
« Notre formation nous prépare trop souvent à servir des intérêts économiques et industriels qui participent aux ravages sociaux, écologiques et militaires en cours. », ont-ils résumé, avant que la directrice de l’école interrompe l’action.
Selon L’Humanité, les diplômés mobilisés reprochent à Polytechnique de former des ingénieurs qui finissent trop souvent au service du béton, du pétrole, de la finance ou de l’armement. Émile Butzbach assure ainsi que « la science n’est pas neutre ». Un calcul, un algorithme et une technologie ne flottent pas dans le ciel pur des abstractions. Ils finissent toujours par servir un processus, un missile ou une salle de marché. De temps à autres, un service public.
D’autant que Polytechnique n’est pas une école comme les autres. L’établissement rappelle lui-même qu’il est rattaché au ministère des Armées et que le statut militaire des élèves polytechniciens remonte à Napoléon Ier, en 1804. L’école affirme aussi que ses élèves sont appelés à jouer un rôle essentiel dans la défense et le développement des intérêts du pays. C’est justement cette frontière entre intérêt général et intérêts privés que les étudiants contestent. Ils ne disent pas que la science doit s’effacer du monde, mais qu’elle ne doit pas devenir la boîte à outils docile des puissants.










