Quatre villages olympiques, trois remontées mécaniques géantes et des pistes de ski agrandies doivent sortir de terre d’ici 2030 dans les Alpes françaises. Cette carte inédite des chantiers liés aux Jeux d’hiver interroge la promesse d’une compétition sobre, présentée comme la plus écologique de l’histoire olympique.
Reporterre a compilé pour la première fois l’ensemble des sites concernés par les Jeux olympiques et paralympiques d’hiver de 2030, sur un territoire alpin qui s’étend sur 40 000 km². Villages pour athlètes, remontées mécaniques, parkings et neige artificielle, des dizaines d’infrastructures doivent être rénovées ou construites d’ici l’ouverture de la compétition. Les organisateurs promettent l’édition la plus sobre de l’histoire, avec seulement 15 hectares artificialisés et des émissions limitées à un maximum de 804 000 tonnes de CO2, soit l’équivalent de 80 000 Français. Le Groupe régional d’expertise sur le climat Alpes-Auvergne juge pourtant que la feuille de route environnementale reste un vernis qui ignore les impératifs d’atténuation climatique, sur un territoire qui se réchauffe deux fois plus vite que le reste du pays.
Le plus gros chantier concerne le logement des athlètes, avec quatre villages à construire ou rénover. À Briançon, le fort des Têtes, site classé à l’Unesco, sera intégralement rénové pour 67 millions d’euros, financés à 60 % par de l’argent public. En Haute-Savoie, Saint-Jean-de-Sixt doit accueillir cinq cents fondeurs et biathlètes dans un village à 51 millions d’euros, un projet qui inquiète des habitants redoutant une hausse de la fiscalité locale. Le maire Didier Lathuille a assuré lors d’une réunion publique le 6 novembre : « Je ne peux pas garantir qu’il n’y aura pas d’augmentation d’impôts. » Un troisième village est prévu à Bozel, au pied de Courchevel, pour plus de 700 athlètes, et un quatrième à Lyon, qui a repris à Nice les épreuves de glace.
Trois nouveaux ascenseurs valléens, ces remontées mécaniques censées relier le fond des vallées aux stations, doivent aussi voir le jour, pour un coût cumulé proche de 242 millions d’euros entre Bozel-Courchevel, La Plagne et Briançon. Les pistes elles-mêmes s’agrandissent également. À Montgenèvre, trois hectares d’arbres sont menacés par de nouveaux tracés de snowboardcross et de skicross, a révélé Le Monde. La piste de bobsleigh de La Plagne, héritée des Jeux d’Albertville de 1992, doit être rénovée pour 30 millions d’euros, un montant jugé disproportionné au regard d’une centaine de licenciés seulement en France. À Courchevel, les tremplins de saut à ski du Praz seront remis à neuf pour 60 à 70 millions d’euros. Sur l’ensemble de ces sites, la neige naturelle sera systématiquement grattée et remplacée par de la neige artificielle, jugée plus fiable pour les compétitions.
Le comité d’organisation dispose d’un budget de 2,1 milliards d’euros, financé à 75 % par des fonds privés, tandis que la Société de livraison des ouvrages olympiques doit gérer un peu plus d’un milliard d’euros pour les infrastructures, rapporte Franceinfo. Face à ces montants, les 15 hectares artificialisés annoncés par les organisateurs paraissent bien modestes pour un territoire de montagne déjà fragilisé par la fonte des glaciers et les éboulements. La sobriété promise aux Alpes ressemble surtout à une affaire de comptabilité.









