Comment un rapport sérieux du barreau de Paris, instrumentalisé par Patrick Cohen contre la commission Alloncle, révèle le vrai scandale : une justice à deux vitesses, une auto-régulation complaisante et une mascarade politico-médiatique qui achève la confiance du peuple. Pendant ce temps, le Sénat ouvre enfin une commission d’enquête sur les dysfonctionnements de la justice après l’affaire Lyhanna.
Le 10 juin 2026, tandis que Patrick Cohen consacrait son édito sur France Inter au rapport « La défense sans droits » de l’Ordre des avocats de Paris pour fustiger la commission d’enquête Alloncle, le Sénat franchissait un pas historique. La commission des lois, présidée par Muriel Jourda, s’est dotée des prérogatives d’une commission d’enquête pour examiner les dysfonctionnements de la justice révélés par l’affaire Lyhanna. Bruno Retailleau l’avait réclamé haut et fort. Le contraste est saisissant : au moment où un journaliste du service public brandit un rapport juridique pour protéger son pré carré, le Parlement – celui-là même que le Barreau dénonce – se saisit enfin du vrai sujet qui obsède 95 % des Français : l’impunité des prédateurs et la mansuétude réservée aux puissants.

Ce n’est pas une coïncidence. C’est le symptôme d’un système qui craque de partout.
Un rapport utile, mais tragiquement incomplet
Le rapport La défense sans droits. Réformer les commissions d’enquête parlementaires , rédigé par Yann Utzschneider avec le professeur Julien Jeanneney et des avocats ayant vécu les auditions en première ligne, est un travail, en apparences rigoureux de 36 pages. Il démonte une dérive réelle et documentée : les commissions, multipliées par le « droit de tirage » des groupes d’opposition (19 à l’Assemblée nationale depuis juillet 2024, 8 au Sénat sur la même période ; idem pour la législature précédente), sont devenues une instruction quasi-pénale sans aucune des garanties du procès équitable.
Chiffres clés du rapport (partie introductive et p. 2)

Les témoins sont contraints de parler sous serment et sous peine pénale, sans droit au silence, sans avocat reconnu, sans contradictoire, dans des auditions filmées et diffusées en direct puis archivées en ligne. La CEDH elle-même, dans l’arrêt Corbet et autres c. France (2015), avait jugé cette impossibilité d’invoquer les droits fondamentaux « problématique » au regard de l’article 6 § 1 de la Convention.
La comparaison avec les commissions américaines du Congrès est éclairante : là-bas, le 5e Amendement protège contre l’auto-incrimination, l’immunité d’usage est possible, le huis clos est encadré, et les recours judiciaires existent. En France, rien ou presque. Le rapport propose douze mesures concrètes et mesurées : respect strict de l’interdiction de cumul avec le pénal, droit à l’avocat, notification des droits, huis clos sur demande, etc. C’est une contribution sérieuse à l’État de droit.
En France, rien. Le rapport propose douze mesures concrètes pour remettre les commissions à leur juste place constitutionnelle.
Les 12 propositions du rapport (Partie 3)

C’est sérieux, mesuré, inspiré du droit comparé et de l’histoire parlementaire.
Mais voilà le colossal angle mort : le rapport ne dit rien de la crise de confiance abyssale dans la justice elle-même. Il défend le justiciable face au Parlement en présupposant que la justice « classique » est le rempart des droits. Or, c’est précisément cette justice qui est en train de s’effondrer dans l’opinion publique.

Un sondage Mis Group pour France-Soir et BonSens.org (« Le Pouls de la Nation », 31 mai-1er juin 2026, 1 200 personnes représentatif méthode des quotas) est sans appel : 95 % des Français réclament des sanctions intraitables contre les pédocriminels sévissant dans les médias, et plus largement des sanctions renforcées pour détournement de fonds publics et corruption. 59 % estiment que la justice n’est pas indépendante et est au service du pouvoir (vague décembre 2025). La défiance forme un cercle vicieux : 74 % envers le gouvernement, 64 % envers l’objectivité des médias. Ce n’est pas du complotisme. C’est l’opinion majoritaire d’un peuple qui observe, jour après jour, une justice à deux vitesses.

L’affaire Lyhanna : le scandale qui a tout fait basculer
L’affaire Lyhanna, cette collégienne de 11 ans disparue le 29 mai 2026 à Fleurance (Gers) et dont le corps a été retrouvé dans un silo agricole, cristallise tout. Le principal suspect, Jérôme Barella, 41 ans, père d’une camarade de classe, était connu des services : au moins cinq procédures pour violences sexuelles sur mineures entre 2017 et 2025, plaintes classées sans suite ou encore en cours. Un prédateur multirécidiviste laissé en liberté.
Pendant ce temps, des agriculteurs bloquant un rond-point se faisaient interpeller par quarante gendarmes, drones et brigade de recherche de Toulouse. Un agriculteur témoigne : « J’ai fait 7 heures de garde à vue… pire qu’un violeur. » Le parquet d’Auch avait mobilisé des moyens considérables contre des manifestants pacifiques, mais pas contre le suspect pédocriminel qui circulait à quelques kilomètres.

C’est exactement ce que 95 % des Français exigent de sanctionner « de manière intraitable ». Ce n’est pas une position complotiste. C’est du bon sens partagé par l’immense majorité. Le Sénat a eu raison de réagir immédiatement : cette commission d’enquête sur les dysfonctionnements de la justice est légitime, urgente et bienvenue. Elle illustre d’ailleurs parfaitement les dérives que dénonce le rapport du Barreau… tout en prouvant que les commissions parlementaires peuvent encore servir le contrôle démocratique quand elles s’attaquent aux vrais scandales.
Une justice à deux vitesses pour les puissants
Le cas Ludovic Lestel, vice-procureur à Bobigny, inquiété dans une affaire personnelle de drogue et chemsex passée devant le CSM, renforce le sentiment d’une corporation qui se protège. Les exemples concrets abondent et nourrissent cette perception, qu’on les juge fondés ou non :
- Non-lieu général de la Cour de justice de la République dans l’affaire de la gestion de la crise COVID (juillet 2025), malgré des critiques sévères dans les attendus sur les dysfonctionnements gouvernementaux initiaux.
- Patrick Bruel mis en examen ce 10 juin 2026 pour viols et agressions sexuelles, est placé contrôle judiciaire avec caution de 500 000 € – sans détention provisoire.
- Nicolas Sarkozy obtient un aménagement de peine dans l’affaire Bygmalion ; Pierre Palmade sort sous bracelet électronique malgré la gravité des faits.
- Pierre Palmade : sortie sous bracelet électronique.
- Jean-Marc Morandini reste à l’antenne malgré sa condamnation définitive pour corruption de mineurs, jusqu’à une pression médiatique tardive.

Et puis il y a le dossier qui n’a jamais été instruit sérieusement : la relation entre Emmanuel Macron et Brigitte Macron, alors qu’il avait 14 ans et elle 39 ans, professeure de théâtre. Les faits sont connus. Les mensonges répétés sur les âges, les timelines et les circonstances ont entaché la présidence dès le début – et les informations n’ont jamais été corrigés dans les médias, laissant planer le doute. Alors que c’est un acte criminel sur mineur. Aux États-Unis, Bill Clinton a fait l’objet d’une procédure d’impeachment pour un mensonge sous serment sur une relation adultère avec une « stagiaire ». En France, rien. Aucune enquête parlementaire digne de ce nom, aucune commission, aucun examen sérieux des manquements éthiques et institutionnels et encore moins par les médias subventionnés. La mascarade politico-administrativo-médiatique bat son plein : on protège l’image présidentielle, on criminalise les questions, on accuse de complotisme quiconque ose demander la vérité.
Patrick Cohen et la défense corporatiste du pré carré
C’est dans ce contexte que Patrick Cohen, le 10 juin, brandit le rapport du Barreau contre la commission « Alloncle ». Cette commission, dont le rapporteur est Charles Alloncle (UDR), s’intéresse à la neutralité et au financement de l’audiovisuel public. Elle a auditionné Cohen et Thomas Legrand après la diffusion d’une vidéo montrant les deux journalistes en train de « manigancer » avec des cadres du PS (Luc Broussy, Pierre Jouvet) contre Rachida Dati : « Nous, on fait ce qu’il faut pour Dati, Patrick et moi. »
Cohen dénonce une « zone de non-droit »… tout en ignorant superbement que le rapport qu’il brandit ne dit pas un mot sur les affaires comme celle de Lyhanna ; ou celle de Malika Kamla ,ex-épouse Daoust (erreurs judiciaires sur des violences faites aux femmes et aux enfants), sur les agriculteurs traités comme des criminels ou sur l’impunité des pédocriminels. Cohen, dans son édito du 10 juin, retourne le rapport comme un bouclier pour discréditer cette commission qui a osé questionner son écosystème.

C’est ici que le journaliste corporatiste révèle son jeu. Au lieu d’une analyse équilibrée du rapport, il en fait un outil partisan pour protéger le « pré carré » de l’audiovisuel public, financé par l’impôt. Il oublie – ou feint d’oublier – la Charte de Munich de 1971, qui impose aux journalistes impartialité, indépendance, honnêteté intellectuelle et interdiction de tout militantisme partisan. Manigancer avec des responsables politiques, puis hurler à l’atteinte aux droits quand une commission parlementaire (légitime, même si perfectible) pose des questions gênantes, c’est précisément le genre de comportement qui nourrit la défiance à 64 % envers les médias.
Dans la bouche de Cohen, le rapport du Barreau devient malgré lui un outil de diversion. On débat des droits des témoins face aux commissions… sans jamais questionner l’entre-soi qui gangrène la justice, les médias et le pouvoir exécutif.
La perte totale de confiance, un cercle vicieux avec l’entre-soi impuni, le vrai poison de la confiance
Ce qui se joue ici dépasse le rapport et la commission Alloncle. C’est le cercle vicieux de l’entre-soi : magistrats qui s’auto-régulent sans sanction réelle, journalistes du service public qui défendent leur pré carré en brandissant un rapport juridique, parlementaires qui instrumentalisent à leur tour. Les Français ne sont pas complotistes. Ils sont lucides. 59 % pensent que la justice sert le pouvoir. 95 % veulent des sanctions intraitables contre les pédocriminels et la corruption. Ils voient une justice qui mobilise des escadrons contre des agriculteurs sur un rond-point mais laisse un multirécidiviste pédophile en liberté jusqu’au drame. Ils voient un rapport du Barreau qui protège les justiciables face au Parlement sans jamais regarder les dysfonctionnements internes de la justice. Ils voient un éditorialiste du service public qui hurle à l’atteinte aux droits quand on ose l’auditionner sur ses propres collusions.
Le peuple a totalement perdu confiance dans les institutions à cause de cet entre-soi impuni.

Le rapport du Barreau mérite d’être discuté : ses douze propositions sont pragmatiques. La commission Alloncle a le droit d’exister. La nouvelle commission sénatoriale sur Lyhanna est indispensable. Mais tant que l’on ne s’attaquera pas de front à l’auto-régulation complaisante du CSM, à la transparence disciplinaire, à la fin des arrangements pour les puissants et à la vraie indépendance des médias publics, rien ne changera. L’heure n’est plus aux corporatismes défensifs. Elle est à une autocritique collective, sans complaisance ni démagogie. Le rapport du Barreau en est un début. À condition de ne pas s’arrêter à la porte du pré carré.

La crise n’est pas seulement procédurale. Elle est existentielle. Le peuple a perdu confiance parce qu’il voit, jour après jour, que les règles ne s’appliquent pas de la même façon à tout le monde. Réformer les commissions d’enquête est nécessaire. Réformer l’ensemble des institutions – justice, médias, politique – l’est bien davantage. Sinon, la défiance ne fera que s’approfondir, et le cercle vicieux se refermera un peu plus.
Le peuple, lui, ne se trompe plus. Il exige la vérité, la justice égale pour tous et la fin des privilèges. Le moment est venu de passer des rapports aux actes. Avant que la défiance ne devienne irrémédiable.










