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Le gouvernement invente la liberté d’expression avec option asphyxie bancaire

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La démocratie reste bien vivante, mais elle préfère désormais que ses contradicteurs meurent de faim.

Autrement dit, il ne s’agit plus seulement de lui montrer la sortie. Il faut aussi s’assurer qu’elle ne puisse pas trop facilement financer sa défense avant de partir. La liberté d’expression française conserve donc toutes ses garanties traditionnelles : un arrêté d’expulsion, une assignation à résidence, un passage quotidien au commissariat et, pour terminer le menu républicain, des comptes placés au congélateur.

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L’arrêté publié au Journal officiel doit, selon Bercy, empêcher la commission de « nouveaux actes d’ingérence ». Il complète la mesure d’expulsion prise quelques jours plus tôt par le ministère de l’Intérieur.

L’avocat de Xenia Fedorova, Emmanuel Piwnica, dénonce une mesure « manifestement illégale » et un « acharnement ». La principale intéressée parle, elle, d’une « forme entièrement nouvelle de pression politique » destinée à censurer les opinions qui ne correspondent pas au discours officiel.



Un gel administratif, décidé sans jugement préalable

Le mécanisme repose sur la loi du 25 juillet 2024 sur les ingérences étrangères. Elle permet aux ministres de l’Intérieur et de l’Économie de décider conjointement d’un gel des avoirs pour six mois, renouvelable, lorsqu’une personne est soupçonnée de commettre, faciliter, financer ou encourager des actes d’ingérence.

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La sanction n’est donc pas prononcée au terme d’un procès pénal. Elle est décidée par l’exécutif, puis peut être contestée par la personne visée devant le tribunal administratif. La Direction générale du Trésor précise qu’une demande de dégel partiel reste possible pour certains besoins personnels ou familiaux. Une sorte d’argent de poche républicain, accordé après examen du dossier.

Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez affirme que la décision ne porte pas atteinte à la liberté d’expression. Il reproche à Xenia Fedorova de reprendre systématiquement la position russe sur l’Ukraine et de diffuser des récits susceptibles, selon le gouvernement, de porter atteinte aux intérêts fondamentaux de l’État.

Le problème dépasse pourtant largement la personnalité de Xenia Fedorova. Un dispositif présenté comme une arme contre les opérations étrangères permet concrètement à deux ministres de neutraliser financièrement une personne avant qu’un juge ne se prononce sur le fond du dossier. Aujourd’hui, le mot magique est « ingérence russe ». Demain, il suffira peut-être d’élargir encore un peu la définition.



Le pluralisme selon Bruxelles et Paris

Nul n’est obligé d’approuver les analyses de Xenia Fedorova, pas plus qu’il n’est obligatoire d’applaudir la politique étrangère russe. Dans une démocratie digne de ce nom, une opinion se réfute avec des faits et des arguments. Elle ne devrait pas nécessiter l’intervention simultanée de Beauvau, Bercy, de la police et des banques.

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Après l’interdiction européenne de RT et Sputnik, la fermeture de RT France et l’expulsion annoncée de son ancienne dirigeante, la France perfectionne donc son pluralisme : toutes les opinions sont autorisées, sauf celles pour lesquelles l’État possède déjà un formulaire de gel.







Source

RESIST CAEN
Author: RESIST CAEN

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