
L’Ordre s’est assis sur le rapport de la Cour des comptes
Outre Paris, l’inspection générale des finances a ciblé les antennes du Rhône et des Bouches-du-Rhône, tandis la Cour des comptes avait contrôlé la France entière, soit 46 conseils départementaux sur 101 et tous les conseils régionaux. Elle critiquait (sur 187 pages) :
– un ordre sociologiquement peu représentatif du corps médical en activité » et « une gouvernance fermée ».
– des comptes truqués,
– des dépenses irrégulières,
– des missions mal assurées : un manque de rigueur dans le traitement des plaintes et une justice disciplinaire marquée par des dysfonctionnements, un contrôle défaillant des relations avec l’industrie pharmaceutique, une faible implication dans l’accès aux soins.
– des recrutements familiaux
Inspection générale des finances : le rapport qui tue
Depuis les remontrances de la Cour des comptes en 2019, l’Ordre n’avait rien changé — à part quelques réformettes — et continuait à gérer à sa guise les 111 millions d’euros de son budget annuel.
Le rapport de l’Inspection générale des finances de 1500 pages (dix fois plus long que celui de la Cour des comptes) a été révélé par Le Canard Enchaîné.
– Une collaboratrice de l’Ordre parisien a perçu le remboursement de près de 15 000 € de taxis en 2024.
– Une conseillère suppléante a perçu 14 000 € d’indemnité de fonction sans base légale. Quatre personnes non membres du conseil ont également touché des indemnités de présence.
– Entre 2022 et 2025, 3,1 M€ ont été dépensés pour l’organisation d’événements (restaurants, notes astronomiques…). La très chic Villa Armenonville (1 200 m² avec piscine) a été achetée par le conseil des Alpes-Maritimes 3,9 M€ (dont 870 000 de travaux et 7 000 pour la crémaillère), 20 avenue des Fleurs, en plein cœur de Nice. Stéphane Oustric, président de l’Ordre, avait plaidé : « La piscine a été comblée pour faire un parking. » L’inspection générale des finances ayant fait un signalement au procureur de la république de Paris, ce dernier jugera de la recevabilité de l’excuse.
Pourquoi tant de haine ?
L’ordre des Médecins créé par Vichy en 1940, puis dissous en 1944, était réapparu en 1945. Depuis aucun gouvernement n’avait osé y mettre fin. En 2025, l’Ordre a été critiqué pour son inaction lors du procès du chirurgien Joël Le Scouarnec, condamné pour viols et agressions sur 299 victimes. Ce scandale aurait-il poussé l’Inspection générale des finances à farfouiller dans sa gestion ? Pourtant Stéphanie Rist, la ministre de la Santé, a demandé au directeur général de l’Agence régionale de santé de dissoudre non seulement l’Ordre des médecins de Paris, mais aussi ceux des pharmaciens et des chirurgiens-dentistes parisiens. Or ces derniers, créés à la Libération, n’ont ni passé peu glorieux à faire oublier ni implication dans l’affaire Joël Le Scouarnec.
La gestion de France Télévision, étrillée par une commission de l’Assemblée, va aboutir à un rapport que le président macronien va sans doute enterrer après avoir dénigré le rapporteur. Pourquoi l’Inspection générale des finances ne s’intéresse-t-elle pas à l’utilisation des 3,9 milliards d’euros France Télévision critiquée par la Cour des comptes et la commission parlementaire ? Pourquoi l’IGF préfère-t-elle s’acharner sur les tout petits 111 millions de l’ordre des Médecins ? On ne les plaint pas, on s’interroge.










