
Pourquoi cette campagne woke des médias ? En temps de crise, les fêtes ne doivent pas être troublées par la réalité sociale alors, faute de monstre du Loch Ness, pourquoi pas une campagne contre un père Noël qui ne va pas poser grand-chose au pied du sapin ?
Une analyse accusatoire déguisée en pédagogie
Rédigé par Simone La Corbinière, ce manifeste absurde avait pour titre Decolonising Father Christmas. Il enseigne avec gravité que le voyage planétaire du vieil homme et son système de récompenses constituent une allégorie de la domination occidentale. Sa simple existence, affirme-t-on, « efface la souveraineté des peuples colonisés ». La distinction entre enfants sages et méchants est fustigée comme un « binaire occidental » pernicieux, enseignant apparemment que « le colonisateur a le pouvoir de juger ». Quant à ses elfes, leur représentation serait une caricature des dynamiques de marginalisation.
Pour quoi cette campagne woke ?
Cette production verbale s’inscrit dans le projet « Culture Change » du musée, euphémisme désignant la soumission de l’histoire et du folklore au prisme réducteur de l’idéologie contemporaine. Comment le musée pourrait-il refuser quoi que ce soit à l’un de ses soutiens financiers, le James Henry Green Trust, sans doute plus généreux que le club de cricket du Sussex. D’ailleurs le musée de Brighton a même réservé des salles à sa collection de textiles et de photos de Birmanie, datant de l’Empire des Indes. Cette spoliation culturelle colonialiste n’a, bien entendu, rien à voir avec le père Noël. À moins que la fondation James Henry Green ne veuille nous « faire croire au père Noël ».
Les délires pratiques d’une bureaucratie festive
Pour expier ses péchés originels, le père Noël doit donc se soumettre à une cure de rééducation. Le musée, dans sa sagesse infinie, propose un cahier des charges pour un symbole correct. Il faudrait le détrôner au profit d’une myriade de figures ethniques, transformer sa tournée de distribution en séance d’écoute mutuelle, et abolir la hiérarchie à l’atelier du pôle Nord pour instaurer une gestion collégiale avec les elfes. Point d’orgue de cette fantaisie : l’introduction d’une « grand-mère Noël » pour signifier que « les hommes n’ont pas besoin d’être en charge ». On croirait lire le procès-verbal d’un comité Théodule envisageant la restructuration d’une multinationale mythique.
Le tollé légitime face au dogmatisme institutionnel
La résurgence de ces élucubrations est organisée par la presse, The Daily Mail pointant le caractère « woke » de l’initiative, tandis que The Telegraph résumait la pensée de Simone La Corbinière : le père Noël est « trop blanc » et sa liste « trop coloniale ». Sur les réseaux sociaux, l’indignation citoyenne fuse, beaucoup dénonçant un « assaut sur l’héritage européen » et exigeant que les fonds publics cessent d’alimenter ce militantisme déguisé.
Le symptôme d’une culture en perte de sens
Cette polémique dépasse le folklore de Noël. Elle est le symptôme d’une frénésie déconstructrice qui, au nom d’une inclusion abstraite, s’attaque aux ciments culturels les plus simples. Le musée, lieu de conservation et d’émerveillement, est transformé en tribunal des illusions perdues, passant au tamis de la théorie critique jusqu’aux contes qui enchantent l’enfance. Derrière le jargon de la « décolonisation » et du « changement culturel » se cache une volonté inquiétante de reformater les imaginaires collectifs selon un catéchisme contemporain. Cette affaire démontre avec éclat que pour certains gardiens autoproclamés de la vertu, aucune tradition, aussi joyeuse soit-elle, ne peut échapper à la purge idéologique.










