Huit néonicotinoïdes, dont l’acétamipride, contaminent deux pots de Nutella et dix miels étudiés par une ONG, alors que leur usage agricole est interdit en France depuis 2018. Jeudi, une commission mixte paritaire doit statuer sur un amendement visant à réautoriser deux de ces substances pour certaines cultures. Les teneurs mesurées restent, sur le papier, en deçà des seuils sanitaires en vigueur.
Le rapport que Le Monde a pu consulter avant sa publication, réalisé par l’association Agir pour l’environnement avec l’Union nationale de l’apiculture française (UNAF), a passé au crible dix miels et deux versions du Nutella, la classique et la végétale. Chaque échantillon contient entre trois et sept néonicotinoïdes différents, l’acétamipride et l’imidaclopride figurant dans la totalité des prélèvements. Les miels français et ceux issus de l’agriculture biologique s’en sortent nettement mieux que les mélanges importés. Le porte-parole de l’UNAF, Henri Clément, veut croire que “les miels récoltés en France sont très significativement moins imprégnés”.
Un mélange de miels ukrainien, argentin et espagnol culmine à 4 300 nanogrammes par kilogramme (ng/kg) cumulés sur six molécules, quand les deux miels bio français analysés plafonnent à sept et 163 ng/kg. Nutella classique et Nutella végétal affichent, eux, 480 et 850 ng/kg de neurotoxiques cumulés. La réglementation européenne ne borne pourtant ce risque que pour le miel, avec un seuil fixé à 0,3 mg/kg d’acétamipride, soit 300 000 ng/kg, très au-dessus des concentrations relevées.
Le rapport paraît trois jours avant l’examen, en commission mixte paritaire, d’un amendement porté par le sénateur Les Républicains Laurent Duplomb, qui vise à réautoriser l’acétamipride et le flupyradifurone pour les filières betterave, pomme, cerise et noisette. Le Conseil constitutionnel avait pourtant censuré une disposition similaire en août 2025, lors de l’examen de la loi Duplomb, jugeant la réintroduction de la molécule contraire à la Charte de l’environnement. Interrogé par l’AFP, le groupe Ferrero botte en touche, jugeant que la présence de traces “ne constitue pas, en soi, un risque pour la santé” et assurant respecter pleinement la réglementation en vigueur sur la sécurité alimentaire.
Du côté des défenseurs du texte, l’argument est économique. Selon des propos recueillis par La France Agricole, le sénateur Pierre Cuypers défend l’acétamipride comme “la seule solution pour certaines filières en péril”, tandis que Laurent Duplomb pointe la fermeture de six sucreries en sept ans, qui menacerait selon lui plus de 70 000 emplois. Reste que dans ce bras de fer entre alerte sanitaire et urgence économique, le pot de Nutella, lui, continue de trôner sur les étagères, traces neurotoxiques comprises.










