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L’économie de l’abondance algorithmique : le diagnostic et la fin d’un monde. Partie 1- Le grand découplage entre valeur et travail humain

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Partie 1 – Le grand découplage entre valeur et travail humain

Lorsque j’ai publié, il y a quelques jours, « L’Astéroïde IA : briser les frameworks linéaires pour libérer le chaos créatif et humain », je soulignais que nous ne sommes plus face à une simple technologie d’optimisation, mais à un véritable shift de paradigme historique. L’IA ne remplace pas seulement des tâches : elle pulvérise les hypothèses linéaires sur lesquelles repose encore l’ensemble de notre édifice économique et social depuis le XVIIIe siècle. Nous entrons désormais dans l’ère de l’abondance algorithmique.

Ce n’est plus une hypothèse futuriste. C’est une réalité déjà mesurable : près de 55 000 suppressions de postes aux États-Unis en 2025 ont été directement attribuées à l’IA, le « SaaSpocalypse » a effacé plus de 1 000 milliards de dollars de capitalisation boursière, et des secteurs entiers – finance, droit, conseil, création graphique – voient leurs tâches cognitives scalables à l’infini et presque gratuites. Il est temps de tirer toutes les conséquences de ce basculement et d’esquisser les contours d’une nouvelle économie politique.

EAA

 

 
Le diagnostic : un découplage historique entre valeur et travail humain

L’IA marque une rupture sans précédent : elle automatise à coût marginal quasi-nul des tâches autrefois considérées comme hautement qualifiées. Un modèle comme GPT-4 ou ses successeurs rédige un rapport complexe, analyse une IRM ou génère un visuel en quelques secondes, sans salaire, sans cotisations sociales, sans fatigue.

EAA

Ce phénomène rend obsolètes les fondements mêmes de l’économie classique.

La théorie de la valeur-travail, forgée par Adam Smith dans La Richesse des Nations (1776), affinée par David Ricardo et radicalisée par Karl Marx, posait un postulat simple et puissant : la valeur d’un bien ou d’un service est proportionnelle au travail humain socialement nécessaire incorporé dans sa production. Mathématiquement, cela se traduisait par une équation linéaire où la valeur V ≈ t × L (t = temps de travail, L = quantité de travail). Avec l’IA, cette équation s’effondre : un modèle génératif produit en quelques secondes un rapport, un diagnostic médical ou un code qui aurait exigé des centaines d’heures humaines. La valeur se crée sans proportion avec le travail humain ; elle devient exponentielle et découplée du facteur travail. Smith lui-même, qui admirait la division du travail comme source de richesse, serait confronté à une division du travail si extrême qu’elle rend le travail humain marginal dans la production cognitive.

EAA

Les modèles néoclassiques (Walras, Marshall, Pareto) reposaient sur deux piliers : la rareté des facteurs de production (travail et capital) et l’équilibre général obtenu par l’optimisation marginale. Leur cadre mathématique- fonctions de production Cobb-Douglas ou CES – supposait que le travail et le capital étaient limités et substituables à rendements décroissants. Or l’IA supprime la rareté cognitive : un même modèle peut être dupliqué à l’infini à coût marginal quasi-nul. La courbe d’offre cognitive devient presque horizontale à l’infini. La fonction de production classique explose ; nous passons d’une économie à rendements décroissants à une économie à rendements croissants exponentiels, ce que les néoclassiques n’avaient jamais modélisé à cette échelle.

EAA

Les théories keynésiennes plaçaient l’emploi humain et la demande effective au cœur de la croissance et de la stabilité. Keynes avait démontré que l’économie pouvait se trouver bloquée à un équilibre de sous-emploi. Aujourd’hui, l’IA crée un chômage structurel massif tout en générant une déflation technologique (baisse des prix des biens et services cognitifs). La courbe de Phillips, qui postulait un arbitrage inverse entre chômage et inflation, devient inopérante : nous pouvons avoir à la fois du chômage élevé et une déflation des prix cognitifs. Les multiplicateurs keynésiens classiques (relance par l’emploi) perdent leur efficacité lorsque l’emploi lui-même devient optionnel pour une partie croissante de la production.

EAA

Le résultat concret ? Une concentration extrême de la valeur chez les propriétaires des modèles et des data centers, une fragilité inédite des systèmes de répartition (cotisations sociales, retraites par répartition) et une amplification des asymétries d’information. Pourtant, l’opportunité est historique : nous passons d’une économie de rareté à une économie d’abondance algorithmique, où le chaos créatif humain – empathie, créativité disruptive, sens éthique – devient la véritable source de valeur irremplaçable.

En synthèse, tous ces cadres reposaient sur une hypothèse commune : la linéarité et la rareté relative du travail humain. L’IA introduit une non-linéarité radicale et une abondance cognitive qui cassent ces fondations.

EAA

 
L’obsolescence de nos systèmes démocratiques et constitutions

Ce découplage économique s’accompagne d’un défi institutionnel tout aussi profond : l’obsolescence relative de nos systèmes démocratiques et de nos constitutions.

Les démocraties modernes ont été conçues pour un monde lent, où les décisions étaient prises à l’échelle humaine (parlement, débats, procédures longues de contrôle). Les procédures constitutionnelles -qu’il s’agisse de la séparation des pouvoirs, des délais de promulgation des lois ou des mécanismes de consultation – étaient des garde-fous contre l’arbitraire. Mais l’IA évolue à une vitesse exponentielle : un modèle peut être mis à jour en quelques heures, un nouvel usage disruptif apparaître en quelques jours. Nos procédures complexes, souvent conçues pour des cycles de plusieurs mois ou années, risquent de devenir des freins dangereux dont les politiques ont déjà fait fi lors de la période covid en passant outre de nombreuses libertés fondamentales en instrumentalisant la science.

EAA

Il faudra donc simplifier ou accélérer certaines procédures constitutionnelles : création de « commissions d’urgence algorithmique » dotées de pouvoirs temporaires, mécanismes de régulation en temps réel pilotés sous contrôle humain strict (avec de vrais gardes fous éthiques et déontologiques en totale transparence) par l’IA elle-même, ou même révision accélérée de certaines dispositions constitutionnelles pour intégrer la gouvernance de l’intelligence artificielle. Sans cette adaptation, nous risquons soit une paralysie démocratique face à la vitesse de l’IA, soit une captation de la puissance par des acteurs non élus qui agissent plus vite que les institutions.

EAA

La démocratie elle-même doit passer d’un modèle lent et délibératif à un modèle hybride, capable de répondre en temps réel tout en préservant la légitimité et la déontologie.

 

Comment les grandes écoles de pensée réagiraient-elles face à cette situation ?

Adam Smith serait probablement le plus partagé. Dans La Richesse des Nations, il célébrait la division du travail comme moteur de prospérité. L’IA réalise cette division à une échelle inimaginable : elle est la « main invisible » poussée à l’extrême. Il y verrait une immense augmentation de la richesse des nations. Mais dans Théorie des sentiments moraux, Smith insistait sur la moralité et le bien commun. Si les gains algorithmiques restent captés par une poignée de géants technologiques, il craindrait une fracture sociale et une perte de dignité pour le travailleur, contraire à son idéal d’une société où chacun améliore sa condition par le travail et la vertu.

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L’école autrichienne, représentée par Ludwig von Mises et Friedrich Hayek, serait sans doute la plus divisée et la plus stimulée intellectuellement. Hayek avait insisté sur le fait que la connaissance est dispersée dans la société et que seul le mécanisme des prix permet de la coordonner efficacement. L’IA pose un défi radical à cette thèse : elle concentre une quantité phénoménale de connaissances et de capacités de calcul au sein de quelques modèles et entreprises. Les Autrichiens verraient à la fois une formidable destruction créatrice et un risque majeur de « prétention du savoir » (Hayek) : celui de croire qu’une poignée d’entreprises ou d’États peut centraliser et optimiser l’allocation des ressources mieux que le marché. Ils s’opposeraient farouchement à toute planification ou redistribution forcée, mais admettraient probablement que la concentration technologique actuelle pose un problème de pouvoir et de distorsion du calcul économique.

Les classiques et les marxistes y verraient la confirmation de leurs craintes : le capital (ici les modèles d’IA et les data centers) absorbe l’essentiel de la plus-value, rendant le prolétariat cognitif « inutile ». Marx parlerait sans doute d’une nouvelle forme d’aliénation technologique.

Les néoclassiques seraient déstabilisés : leurs équilibres fondés sur la rareté et l’équilibre offre-demande ne tiennent plus. Ils chercheraient à réintroduire une rareté artificielle (par la propriété intellectuelle ou des barrières réglementaires).Les keynésiens constateraient l’échec des politiques traditionnelles de relance par l’emploi et plaideraient pour une intervention massive de l’État : revenu universel, grands travaux créatifs, ou redistribution directe des gains algorithmiques.

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Les libéraux modernes (Hayek, Friedman) salueraient la destruction créatrice schumpétérienne, mais insisteraient sur la nécessité de laisser l’« invisible hand » opérer tout en reconnaissant que la concentration technologique appelle une régulation légère pour éviter les monopoles.

Tous s’accorderaient probablement sur un point essentiel : les cadres anciens sont épuisés. Nous avons besoin d’un nouveau traité d’économie politique.

Nous venons de constater l’effondrement des fondations. Il est temps maintenant de poser les nouvelles pierres. Dans la seconde partie, nous explorerons comment redéfinir la valeur, la répartition, l’éducation et la place même de l’humain dans un monde d’abondance algorithmique.

EAA

Retrouvez la vidéo décryptant cette première partie :

 





Source

RESIST CAEN
Author: RESIST CAEN

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