Le nom du plus célèbre livreur de menhirs peut-il servir à vendre des armes, des munitions ou des explosifs ? Un entrepreneur polonais utilise le nom “Obelix”. Les Éditions Albert René ont demandé l’annulation de cette marque verbale, l’Office européen des marques a refusé, et maintenant la justice européenne donne raison aux éditeurs. Une victoire d’étape, mais pas encore le banquet final.
Obélix a beau être tombé dans la potion magique quand il était petit, il n’avait sans doute pas prévu de finir dans un dossier de propriété intellectuelle consacré aux armes à feu. C’est pourtant à Luxembourg, loin des huttes gauloises et des sangliers rôtis, que son nom s’est retrouvé au cœur d’un bras de fer entre une maison d’édition française et un entrepreneur polonais.
Le 13 mai 2026, le Tribunal de l’Union européenne a annulé une décision de l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle, l’EUIPO, qui avait refusé d’annuler la marque verbale « Obelix » enregistrée pour des produits liés aux armes, munitions et explosifs. Le communiqué officiel de la Cour précise que cette marque avait été déposée en 2022 au profit de Works 11 Michał Lubiński, un entrepreneur polonais.
Face à cette inscription, Les Éditions Albert René, qui exploitent l’univers d’Astérix et Obélix, avaient demandé son annulation. Comme le rappelle The Epoch Times, c’est une marque déjà protégée, un personnage mondialement connu, un visage rond, une force comique et familière. L’associer à des armes pourrait exploiter sa notoriété, ou l’abîmer. L’EUIPO n’avait pas suivi cette lecture. L’office estimait notamment que la renommée de la marque antérieure n’était pas suffisamment prouvée. Il considérait aussi que les produits concernés étaient trop éloignés. D’un côté, des livres, des vêtements, des jeux ou du divertissement. De l’autre, des armes, des munitions et des explosifs, qui relèvent de la classe 13 de la classification internationale des marques.
Le Tribunal n’a pas partagé cette analyse. Il reproche à l’EUIPO une appréciation « incomplète et erronée » de la renommée d’OBELIX. Les juges estiment que l’office n’a pas correctement pris en compte certains éléments, notamment des produits où le terme « Obelix » ou « Obélix » apparaissait avec le symbole ®. Ils jugent aussi qu’il était injustifié d’écarter des preuves au motif que le nom apparaissait parfois avec celui d’Astérix. Pour le Tribunal, l’association des deux personnages n’empêche pas Obélix d’être perçu comme une marque distincte.
Reuters résume ainsi l’affaire : la juridiction européenne a renversé la décision de l’EUIPO qui permettait jusqu’ici à une entreprise polonaise d’utiliser « Obelix » comme marque pour des armes en Europe.
La bataille n’est pas terminée. Le Tribunal annule la décision de l’EUIPO, qui devra réexaminer le dossier en tenant compte des critiques formulées. Un pourvoi reste aussi possible devant la Cour de justice, mais uniquement sur des questions de droit et dans un délai encadré.










