Marseille, 1er juin 2026 – Au pupitre du congrès mondial WAN-IFRA, A.G. Sulzberger, éditeur du New York Times, a lancé une charge historique contre les géants de l’intelligence artificielle. Accusés de « vol massif et sans précédent » de contenus journalistiques, OpenAI, Anthropic, Meta, Google et Microsoft sont désormais ouvertement en guerre avec une partie de la presse traditionnelle. Mais derrière cette bataille juridique et économique se cache une question plus explosive : et si l’IA, en dévorant le journalisme, révélait surtout ses faiblesses structurelles ?
Une déclaration de guerre en bonne et due forme
Dans un discours fleuve intitulé « Intelligence artificielle, journalisme et l’avenir incertain de la place publique », Sulzberger n’y est pas allé par quatre chemins. Il compare le pillage des sites d’actualités par les IA au « strip-mining » environnemental : extraction systématique sans autorisation ni compensation, puis redistribution du contenu sous forme synthétisée qui capte l’audience et les revenus.
« Les IA ne paient ni les journalistes, ni les puces Nvidia, ni l’énergie. Mais les données ? Elles les prennent gratuitement », a-t-il asséné. Le New York Times a déjà dépensé plus de 20 millions de dollars dans ses procès contre OpenAI et Microsoft. Le trafic vers les sites d’information chute (jusqu’à -45 % pour certains titres), les rédactions réduisent les effectifs, et le reportage original – ce travail coûteux, risqué, sur le terrain -risque de se tarir.

Sulzberger reconnaît pourtant les bienfaits potentiels de l’IA et assume que son journal l’utilise « de manière responsable et éthique ». Mais il prévient : sans licences justes, sans étiquetage obligatoire et sans responsabilité légale des modèles, c’est tout l’espace public démocratique qui est menacé par le « slop » (contenu médiocre généré) et la désinformation.
La presse contre-attaque… mais le public doute
Sur X, le relais a été immédiat. Adrien Schwyter (Challenges) a qualifié la prise de parole de « charge implacable », rappelant les arguments chocs sur les ingénieurs millionnaires versus les contenus gratuits et la « guerre contre la Chine » invoquée comme alibi.
Mais la contre-offensive ne s’est pas fait attendre. L’analyste JBG a répliqué dans la foulée : « L’IA est devenue le bouc émissaire de la presse ». Il pointe quatre failles : le droit américain penche souvent vers le fair use pour l’entraînement ; l’argument est parfois circulaire ; le Times utilise lui-même l’IA tout en criant au vol ; et surtout, le déclin de confiance dans les médias (61 % des Français défiants en 2026) précède largement ChatGPT.

🤖🗞️LA GUERRE EST DÉCLARÉE — L’IA est devenue le bouc émissaire de la presse, comme le P2P le fut pour la musique.
Quatre objections au réquisitoire de Sulzberger :
1️⃣ L’affirmation centrale, « violate settled law », est fausse, ou du moins très exagérée. La justice… https://t.co/FMfqFUQhjZ
— JBG 🇫🇷 (@j_bg) June 1, 2026
Le baromètre (1 200 personnes représentatives) MIS Group pour France-Soir/BonSens.org de mai 2026 confirme cette crise profonde : 68 % des Français estiment que les grandes chaînes (TF1, France TV, BFM) manquent totalement d’objectivité (+3 points depuis février). 64 % déclarent ne plus lire ni écouter la presse mainstream, un boycott actif en forte hausse. Parallèlement, 49 % s’informent désormais principalement via des médias alternatifs.

Cette tendance s’inscrit dans un « Cercle de la Défiance » plus large : 71 % des Français ne font pas confiance au gouvernement, et cette rupture institutionnelle nourrit directement le rejet des médias perçus comme ses relais. Le même sondage, dans son volet santé, révèle que 50 % des Français attribuent leur perte de confiance dans la vaccination aux « mensonges du gouvernement », tandis que 56 % jugent que les médias n’ont pas correctement informé sur les risques. Ces chiffres soulignent que la crise de légitimité des médias traditionnels est à la fois ancienne et multicausale : elle ne vient pas seulement de l’IA, mais d’une perception de déconnexion entre le narratif officiel et la réalité vécue par les citoyens.

Pour l’audience, un triple problème éthique
Au-delà des intérêts corporatistes, c’est le citoyen qui se trouve au cœur du dilemme.
Premièrement, l’indépendance. Les grands modèles d’IA, lorsqu’ils sont bien conçus, n’ont ni actionnaires inquiets, ni annonceurs à ménager, ni ligne éditoriale imposée. Ils peuvent croiser des sources contradictoires, reconnaître leurs limites et corriger leurs erreurs plus rapidement que bien des rédactions sous pression.
Deuxièmement, le respect des principes déontologiques. La Charte de Munich de 1971 (recherche de la vérité, distinction faits/opinions, refus de la discrimination, indépendance) est souvent mieux incarnée, dans la pratique, par une IA transparente que par certains médias humains prisonniers de biais idéologiques ou économiques.
Exemple frappant : lors des élections présidentielles françaises, plusieurs grands titres ont franchi la ligne jaune du militantisme ouvert. En 2017 et 2022, Libération titrait explicitement « Faites ce que vous voulez mais votez Macron », L’Obs lançait une « Alerte nationale » contre le risque Le Pen, tandis que Les Inrockuptibles affichaient un « Non » massif en couverture. Ces prises de position assumées, loin d’être isolées, ont largement contribué à la perception d’une presse alignée sur un camp, alimentant le « Cercle de la Défiance ».

Troisièmement, le paradoxe démocratique. On demande au public de financer (via abonnements ou impôts indirects) un journalisme de qualité… pour ensuite interdire à l’IA de s’en nourrir, privant ainsi les citoyens d’outils de synthèse puissants et gratuits. Protéger le journalisme traditionnel risque de protéger aussi ses dérives : omissions sélectives, amplification émotionnelle, dépendance aux narratifs dominants.

L’IA ne se contente pas de concurrencer les journalistes. Elle les met face à un miroir inconfortable. Si elle est plus indépendante et respecte davantage l’esprit de la déontologie, alors la vraie crise n’est pas seulement économique : elle est de légitimité.
Vers quel écosystème informationnel ?
La bataille qui s’engage à Marseille n’oppose pas simplement « humains vs machines ». Elle oppose deux visions :
- Celle des éditeurs historiques, qui veulent des licences obligatoires et une régulation forte pour survivre.
- Celle des optimistes de l’IA, qui y voient un accélérateur de connaissance accessible à tous, capable de corriger les faiblesses du système médiatique actuel.

Le risque réel ? Que les deux camps perdent. Si les médias traditionnels s’effondrent sans alternative crédible, l’espace public sera inondé de contenus médiocres. Si l’IA est bridée au nom de la « protection du journalisme », on privera le public d’un outil potentiellement plus transparent et démocratique.
En conclusion, les journalistes et les rédactions traditionnelles sont, pour une large part, les architectes de leur propre déclin. Les manquements répétés à la déontologie – partialité perçue, omission sélective, alignement trop étroit sur le narratif officiel – ont creusé le « Cercle de la Défiance » bien avant l’arrivée de ChatGPT. Il est un peu facile de faire porter la cause principale à l’IA : celle-ci révèle et accélère une crise de légitimité déjà profonde, comme le montrent les 68 % de Français jugeant les grandes chaînes non objectives et les 64 % qui boycottent activement la presse mainstream. L’avenir ne se jouera pas seulement dans les tribunaux ou au Parlement. Il se jouera dans la confiance que les citoyens accorderont – ou non – à ces nouveaux intermédiaires de la vérité. L’IA n’est ni le sauveur ni le fossoyeur du journalisme. Elle en est le révélateur implacable.
Et le public, en dernier ressort, sera le juge.











