La justice française a secoué ce mardi le géant suisse de l’agroalimentaire. Au moins quarante agents de la DGCCRF ont perquisitionné l’usine emblématique de Perrier à Vergèze, dans le Gard, ainsi que les bâtiments annexes du site de Vittel, dans les Vosges, abritant le laboratoire d’analyses de la qualité de l’eau et le centre de recherche et développement du groupe. Ces inspections inopinées interviennent dans le cadre d’une information judiciaire ouverte par le pôle santé publique du parquet de Paris pour « tromperie ».
Selon la cellule investigation de Radio France, qui a révélé l’information, l’enquête fait suite à la plainte déposée par l’ONG Foodwatch contre Nestlé Waters. L’accusation est lourde, le groupe aurait systématiquement traité des eaux minérales contaminées à la source par des bactéries et des traces de substances chimiques en utilisant des procédés strictement interdits – filtres UV, charbon actif, microfiltration – avant de les commercialiser comme « eaux minérales naturelles » sans en informer les consommateurs. Une pratique qui violerait frontalement la réglementation européenne et française exigeant que ces eaux restent pures à la source, sans aucun traitement.
Contacté par Radio France, Nestlé Waters a confirmé « des inspections inopinées » sur deux de ses sites et assuré « continuer à coopérer pleinement avec les autorités concernées ». Mais pour Foodwatch, qui investigue sur cette affaire depuis 2024 multipliant les plaintes (notamment en septembre 2024 et février 2025), il s’agit d’une « fraude massive » qui aurait rapporté des centaines de millions d’euros au groupe. Des eaux vendues comme premium – Perrier, Vittel, Hépar, Contrex – auraient en réalité été « purifiées » illégalement pour masquer une contamination réelle.
Ce nouveau coup de filet intervient après des perquisitions antérieures, dont celle du siège de Nestlé Waters à Issy-les-Moulineaux en juillet 2025. Il met en lumière une stratégie industrielle de longue date : contourner les règles sanitaires tout en maintenant l’image d’une eau « pure et naturelle ». Les consommateurs, qui paient le prix pour cette promesse de pureté, ont été trompés en toute connaissance de cause, selon les investigations.
Alors que l’enquête judiciaire se poursuit, aucune mise en examen n’a encore été annoncée. Les perquisitions de mardi montrent toutefois que la justice ne lâche pas. Reste à savoir si l’État, souvent accusé de complaisance dans ce dossier, ira jusqu’au bout.










