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plus de trente ans de témoignages recueillis par Mediapart

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Les loges, les tournées, les afters : tout le monde découvre vraiment le problème aujourd’hui ?

Patrick Bruel, longtemps associé à l’image du chanteur populaire et du comédien charmeur, fait aujourd’hui face à une série d’accusations graves. Selon Mediapart, une trentaine de femmes disent avoir subi, entre 1991 et 2019, des comportements allant de gestes déplacés à des accusations de violences sexuelles. Parmi elles, deux étaient mineures au moment des faits présumés.

Plusieurs procédures judiciaires sont en cours. D’après la journaliste Marine Turchi, qui enquête sur le dossier depuis plusieurs années, trois procédures sont actuellement ouvertes : à Paris pour tentative de viol, à Bruxelles pour agression sexuelle, et à Saint-Malo pour des accusations de viol. Deux nouvelles plaintes avec constitution de partie civile ont également été déposées le 12 mai par deux femmes déjà entendues dans une précédente procédure classée sans suite en 2020.

Des accusations réparties sur près de trente ans

Les témoignages recueillis par Mediapart concernent des périodes, des lieux et des contextes très différents : festivals, loges, tournées promotionnelles, concerts, domiciles privés ou encore cabines de massage. Plusieurs femmes affirment ne pas se connaître entre elles, mais décrivent des situations qui, selon l’enquête, présentent des points communs.

Marine Turchi évoque notamment des récits où les femmes disent avoir été confrontées à un homme qui, selon elles, ne tenait pas compte de leur refus. Patrick Bruel affirme de son côté : « Je n’ai jamais outrepassé le refus d’une femme. Quand on me dit non, je m’arrête. »

Maïdi Roth raconte un épisode à Acapulco en 1997

Parmi les femmes qui témoignent à visage découvert figure Maïdi Roth, autrice-compositrice-interprète et actrice. Elle raconte avoir croisé Patrick Bruel en 1997 au festival du film français d’Acapulco, au Mexique. Selon elle, alors qu’ils se trouvent dans un taxi mis à disposition par le festival, le chanteur aurait tenté de l’embrasser de force.

Elle décrit une scène très rapide : « Il se jette contre moi, il cherche à m’embrasser. Il met sa main sur mes jambes pour me coincer un peu contre la fenêtre. » Elle dit avoir répondu : « Fais gaffe, mon mec m’attend à la sortie du taxi. » Selon son récit, Patrick Bruel lui aurait alors lancé : « C’est pas grave, je suis pas jaloux. »

Maïdi Roth explique avoir gardé cette phrase en mémoire, car elle dit avoir eu le sentiment d’être « une proie » et « un objet à posséder ». Les avocats de Patrick Bruel répondent qu’il ne s’est jamais « jeté » sur qui que ce soit.

Sabine Langaret évoque le Bataclan en 1992

Autre témoignage : celui de Sabine Langaret, ancienne éclairagiste au Bataclan. Elle situe les faits en 1992, lors de l’enregistrement d’une émission hommage à Michel Berger. Elle raconte avoir croisé Patrick Bruel dans un escalier après une journée de travail.

Selon elle, le chanteur l’aurait prise contre lui avant de l’entraîner dans un coin sombre du Bataclan. Elle affirme : « Il m’a serrée contre le mur. Il s’est rué sur mon cou, il m’embrassait comme un fou. » Sabine Langaret dit l’avoir repoussé. Elle ajoute qu’il lui aurait ensuite répondu : « J’ai vu ton cou, il était beau. T’as jamais eu envie d’embrasser un cou ? »

Elle analyse aujourd’hui cet épisode comme un rapport de pouvoir : « J’étais à sa disposition. Il n’y avait pas l’once d’une demande de consentement. » Les avocats de Patrick Bruel assurent, eux, qu’il n’a jamais utilisé sa position pour obtenir une relation avec une femme.

Deux nouvelles plaintes déposées par Anne et Julia

L’avocate Iris Biehler représente deux femmes, Anne et Julia, qui ont récemment déposé plainte avec constitution de partie civile. Toutes deux avaient déjà saisi la justice dans le cadre d’une procédure antérieure, classée sans suite en 2020.

Julia, prénom d’emprunt, travaillait comme manageuse dans un spa à Perpignan en 2019. Elle affirme que Patrick Bruel, venu pour un massage avant un concert, se serait présenté nu dans la cabine, aurait repoussé la serviette à plusieurs reprises et aurait demandé des gestes à connotation sexuelle. Elle raconte : « J’étais en permanence en train de le repousser. »

Elle affirme aussi qu’à la fin du massage, il lui aurait dit : « Tout ce qui se passe dans la cabine reste dans la cabine. » Selon elle, le classement sans suite de sa plainte a eu de lourdes conséquences personnelles et professionnelles, jusqu’à un burn-out.

Patrick Bruel, entendu en 2020, avait nié tout geste ou propos déplacé. Ses avocats évoquent un massage qui se serait déroulé « de façon très courtoise » et affirment qu’il n’y a jamais eu de geste ni de parole à connotation sexuelle.

Anne, de son côté, accuse Patrick Bruel de tentative de viol à son domicile en 2010, alors qu’elle serait venue lui faire écouter des maquettes dans un cadre professionnel. Les avocats du chanteur reconnaissent une « histoire brève » avec elle, qu’ils présentent comme consentie, et contestent les accusations.

Des témoignages en Belgique

L’enquête dépasse aussi la France. En Belgique, deux attachées de presse ont décrit à Mediapart des comportements qu’elles jugent déplacés ou agressifs lors de tournées promotionnelles.

Karine Viseur, attachée de presse dans le cinéma, avait déjà porté plainte en 2010 avant de retirer sa plainte. Elle l’a redéposée le 24 mars après les révélations de Mediapart. Elle affirme que Patrick Bruel aurait eu un comportement insistant durant une journée de promotion à Bruxelles. Elle raconte notamment une scène dans des toilettes : « Il m’enferme dans les toilettes, il me caresse, il essaie à tout prix de passer ses mains sous ma robe. »

Une autre attachée de presse, appelée Marie dans l’enquête, décrit un déjeuner au milieu des années 2000 où Patrick Bruel aurait posé sa main sur sa cuisse. Plus tard, dans un hôtel, elle affirme qu’il aurait tenté de l’isoler avant l’arrivée d’un journaliste. Selon elle, un employé présent sur place lui aurait alors dit : « Je sais, c’est pour ça que je suis là », lorsqu’elle s’est plainte de son comportement.

Les avocats du chanteur répondent que, s’il a pu chercher à séduire ou proposer des relations intimes « de manière directe ou maladroite », il n’est jamais passé outre le refus d’une femme.

Le rôle du statut de star

Plusieurs témoignages insistent sur la difficulté de parler lorsqu’une personnalité aussi connue est mise en cause. Certaines femmes disent avoir craint de ne pas être crues, d’être attaquées par des fans ou de voir leur carrière fragilisée.

Marine Turchi explique que beaucoup de témoins ont longtemps parlé dans leur entourage, sans forcément aller devant la justice. Daniela Elstner, actuelle directrice générale d’Unifrance, affirme par exemple avoir alerté à plusieurs reprises avant de déposer plainte. Son témoignage a conduit à l’ouverture d’une enquête préliminaire par le parquet de Paris.

Le statut public de Patrick Bruel revient souvent dans les récits : celui d’une star qui, dans les années 1990, suscitait une ferveur massive, notamment chez les jeunes femmes. Maïdi Roth résume ce déséquilibre ainsi : lorsqu’une adolescente de 16 ou 17 ans rencontre son idole, « elle n’est pas du tout en mesure d’être objective ».

Concerts, festivals et responsabilité des organisateurs

Malgré ces accusations, Patrick Bruel poursuit ses activités. La transcription mentionne sa présence au théâtre Édouard-VII à Paris et une tournée prévue pour célébrer les 35 ans de l’album Alors regarde. Cette tournée suscite l’opposition de collectifs féministes, qui demandent l’annulation de certaines dates et interpellent les festivals.

Jean-Michel Aubry Journet, cofondateur du collectif MusicToo, distingue les concerts privés des festivals soutenus par de l’argent public. Selon lui, les organisateurs doivent prendre en compte la sécurité des personnes qui travaillent autour des événements : techniciennes, régisseuses, bénévoles, équipes d’accueil ou personnel municipal.

Marine Turchi rappelle de son côté que la présomption d’innocence doit être respectée, mais qu’elle n’efface pas les obligations des employeurs : « On ne parle pas de droit pénal, on parle du droit du travail, de personnes qui doivent être protégées sur leur lieu de travail. »

En attendant, l’affaire Patrick Bruel continue de produire des effets dans la musique, le cinéma, les festivals et les médias. Les témoignages publiés par Mediapart obligent surtout à regarder ce qui se passe autour des stars : les loges, les tournées, les équipes, les silences, les alertes parfois connues mais peu suivies. Et les femmes qui, des années plus tard, choisissent de raconter publiquement ce qu’elles disent avoir vécu.



Source

RESIST CAEN
Author: RESIST CAEN

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