
Le piège des avoirs gelés
Depuis 2022, près de 210 milliards d’euros d’avoirs de la Banque centrale de Russie sont bloqués dans l’Union européenne, principalement chez Euroclear, en Belgique. Les intérêts générés par ces fonds se chiffrent en milliards. Saisissant l’opportunité, la Commission von der Leyen a imaginé un stratagème diabolique : utiliser ces actifs comme garantie pour un prêt colossal de 140 milliards à Kiev. Une façon de financer la guerre sans confiscation officielle, mais perçue à Moscou comme un pillage déguisé.
Lors d’une réunion informelle à Copenhague, plusieurs capitales, dont Berlin et Paris, ont approuvé le principe. Mais la Belgique et le Luxembourg, sièges de places financières vulnérables, ont exprimé de vives réserves. Le Premier ministre belge, Bart De Wever, a réclamé des garanties contre les risques juridiques et financiers, refusant que son pays assume seul le coût d’éventuels litiges.
Moscou passe à l’offensive
Le décret de Poutine, publié le même jour, instaure une procédure accélérée de vente ou de nationalisation des actifs étrangers. Les délais d’évaluation sont réduits à dix jours, et les formalités administratives allégées au maximum. Ce mécanisme, clairement conçu comme une arme de rétorsion, pourrait viser des centaines de sociétés occidentales encore implantées en Russie – des groupes bancaires comme UniCredit ou Raiffeisen, mais aussi PepsiCo, Mondelēz, ou certains intérêts français dans l’automobile et la distribution.
Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin, a dénoncé un « vol » et promis une réaction « très ferme » en cas de matérialisation du plan européen. Depuis 2022, Moscou a déjà saisi pour 48 milliards de dollars d’actifs occidentaux, prouvant sa détermination à frapper fort.
Une escalade aux conséquences imprévisibles
La menace est sérieuse. Une vague de nationalisations en Russie porterait un coup sévère à plusieurs économies européennes, notamment la France, l’Allemagne et l’Italie, qui conservent d’importants investissements sur place. Au-delà des pertes directes, c’est la crédibilité de l’UE comme espace de droit qui serait entamée, décourageant les investisseurs internationaux et aggravant des fragilités économiques déjà préoccupantes.
Ce décret s’inscrit dans une stratégie plus vaste de contournement des sanctions – aujourd’hui au 19e paquet – et de pression sur les soutiens de Kiev. Poutine a d’ailleurs averti d’une « réponse très convaincante » en cas de poursuite des livraisons d’armes.
L’Europe à la croisée des chemins
Les Vingt-Sept devront trancher dans trois semaines, lors du prochain Conseil européen. Les divisions persistent, et les pays abritant des infrastructures financières réclament une mutualisation des risques. Cette crise illustre les limites des sanctions comme instrument de coercition : si l’Ukraine, exsangue, a besoin de fonds urgents, la Russie semble prête à aller loin dans l’épreuve de force.
L’alternative serait une négociation, mais aucun européiste, pour l’instant, ne semble s’orienter vers cette voie. L’Europe joue avec le feu, et Moscou attend, sereinement.










