Le Département américain de la Santé et des Services humains (HHS) a frappé un grand coup dans le monde de la recherche sur les coronavirus. Dans une lettre officielle datée du 7 mai 2026, le HHS a notifié à Ralph Baric, professeur à l’Université de Caroline du Nord à Chapel Hill (UNC), sa suspension immédiate et l’ouverture d’une procédure de « debarment » (exclusion) de tous les programmes fédéraux de financement et de contrats publics. Signée par Jennifer D. Johnson, responsable des suspensions et exclusions, cette décision repose sur un « schéma de tromperie » présumé lors de recherches controversées sur les gain-of-function (GoF).
Selon le mémorandum d’action joint à la notification, Ralph Baric aurait poursuivi des expériences sur des virus chimériques (notamment l’insertion de la protéine spike SHC014 dans un fond SARS-CoV MA15) malgré la pause fédérale sur les recherches GoF imposée en octobre 2014 par le gouvernement américain et le NIH. Le document accuse le virologue d’avoir fourni des réponses « trompeuses » au NIAID, d’avoir modifié les comparateurs dans ses rapports (passant du virus atténué MA15 au virus sauvage Urbani) et d’avoir publié ces travaux dans Nature Medicine en novembre 2015 sans en reconnaître pleinement la nature GoF. Le NIH pointe également un manque de transparence sur une subvention Wellcome Trust britannique, présentée comme américaine, ainsi que le non-fournissement de données demandées fin 2025 sur l’infectivité en cultures humaines.
Les conséquences sont immédiates et sévères. Dès réception de la lettre, Ralph Baric se voit interdire tout nouveau financement fédéral, tout contrat ou subvention NIH, et son nom est inscrit sur le registre SAM.gov. La suspension reste en vigueur jusqu’à la fin de la procédure d’exclusion, qui pourrait durer plusieurs années. L’UNC l’avait déjà placé en congé administratif prolongé depuis mai 2025 et gelé son salaire sur les projets fédéraux. Avec une douzaine de subventions actives ou en cours (dont plusieurs jusqu’en 2030-2031), cette mesure risque de mettre fin à sa carrière de recherche aux États-Unis.
Ralph Baric conteste fermement ces accusations. Contacté par Science, il qualifie l’ensemble de « bullshit » et affirme que ses expériences de 2014 n’étaient pas du GoF car les virus étaient atténués chez la souris. Il assure avoir obtenu l’approbation du NIAID et dénonce une décision politique. Plusieurs scientifiques, dont Gigi Kwik Gronvall de Johns Hopkins, parlent d’une mesure « ridicule » contre un « chercheur de classe mondiale » dont les travaux ont contribué aux vaccins et traitements anti-COVID.
Sur les réseaux sociaux, la nouvelle fait l’effet d’une bombe. Le post de Guillaume (@Guillau13441190) partageant la lettre officielle du HHS a été massivement relayé, avec des commentaires virulents : « Ralph Baric should be in prison », des blagues macabres sur les virologues au fond de l’océan ou des « Bon débarras ». Un autre message du même compte a remis en lumière une ancienne capture d’écran du laboratoire Baric datant du 11 décembre 2019, montrant des données sur HKU3 et SHC014, alimentant les spéculations sur les origines du SARS-CoV-2. Des personnes comme Richard Ebright et Alina Chan ont amplifié l’information, y voyant un tournant historique dans le débat sur la sécurité des recherches biologiques.
Cette affaire s’inscrit dans le durcissement de la politique américaine sous l’Executive Order 14292 de mai 2025, qui renforce le contrôle des recherches à haut risque. Ralph Baric dispose de 30 jours pour contester la décision. La suite s’annonce judiciaire et pourrait marquer un précédent majeur dans la régulation des recherches sur les pathogènes.










