
Un ancien parlementaire allemand, proche des milieux pro-israéliens, vient d’être rattrapé par la justice dans une affaire qui fait trembler l’Allemagne. En mars 2026, Hartmut Ebbing, ex-député du Parti libéral-démocrate (FDP) au Bundestag, a écopé de deux ans et dix mois de prison ferme pour abus sexuels sur mineur. Le tribunal régional de Braunschweig l’a jugé coupable d’avoir agressé sexuellement, avec la complicité de sa compagne de l’époque – une enseignante –, le fils de celle-ci, âgé de seulement 7 ans. La mère de l’enfant a elle aussi été condamnée. Mais derrière ce verdict choc se cache une histoire bien plus troublante qui soulève des questions explosives sur le pouvoir des lobbys et la clémence de la justice.
🇩🇪🇮🇱 MEANWHILE IN GERMANY: Former FDP MP and Israel lobbyist Hartmut Ebbing was caught with child sexual abuse videos. He asked the court for a secret trial to protect the German-Israeli Society (DIG), where he was treasurer. The court agreed. He got a suspended sentence.
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— Dr. Simon Goddek (@goddek) March 29, 2026
Une première condamnation étouffée pour pédopornographie grâce à une lettre explosive
Tout commence en 2025. Hartmut Ebbing est pris la main dans le sac : possession et diffusion de vidéos de violences sexuelles sur des enfants. Selon le parquet, il les aurait même partagées. Au lieu d’un procès public, l’ancien élu envoie une lettre au parquet de Berlin et au tribunal de Tiergarten. Dans ce courrier, il supplie qu’aucune audience ouverte ne soit organisée. Parmi ses arguments ? Sa notoriété, bien sûr… mais surtout le risque de « dommages » pour la Société germano-israélienne (DIG), le lobby pro-israélien le plus puissant et le plus actif d’Allemagne.
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Ebbing n’était pas n’importe qui au sein de cette organisation : il siégeait au conseil d’administration et occupait le poste stratégique de trésorier. La DIG, qui se présente comme « pro-sioniste », est connue pour ses pressions sur les médias allemands – Reporters sans frontières l’a déjà pointée du doigt pour cela. Dans sa missive, l’homme évoque même le 7 octobre et l’importance de protéger l’image de ce groupe. En clair, il brandit l’argument « mais le Hamas » pour obtenir une faveur dans une affaire d’abus sur enfant. Et ça marche : en février 2025, la justice lui inflige seulement dix mois avec sursis, sans audience publique. Le grand public n’en sait rien. Ebbing reste tranquillement à son poste de trésorier.
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Un pédophile condamné qui gérait l’argent public du lobby pendant près d’un an
Ce qui rend l’affaire particulièrement scandaleuse, c’est la suite. Pendant presque douze mois, un homme déjà condamné pour pédopornographie continue de manier les finances de la DIG. Or cette organisation reçoit des millions d’euros des contribuables allemands : environ un million rien qu’en 2025, versés par le gouvernement fédéral et le Land de Berlin. L’État n’a jamais coupé les robinets, même après la première condamnation.
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Ce n’est qu’après la médiatisation du deuxième procès à Braunschweig qu’Ebbing finit par démissionner de son parti et de son rôle au sein du lobby. Trop tard : pendant des mois, il restait la deuxième figure la plus mise en avant sur le site internet de la DIG. L’organisation affirme aujourd’hui être « choquée » et se distance de lui. Le FDP fait de même. Pourtant, personne n’avait « rien vu » malgré la condamnation de 2025.
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Des positions radicales et des postes d’influence sur la mémoire de l’Holocauste
Le parcours d’Ebbing rend le contraste encore plus glaçant. Né à Berlin, père de trois enfants, protestant et conseiller fiscal de profession, cet ancien député FDP (2017-2021) se présentait comme un défenseur de la protection de la jeunesse au Parlement. Mieux : il siégeait aux conseils d’administration de la Fondation du Mémorial aux Juifs assassinés d’Europe et de la Fondation Nouvelle Synagogue Berlin – Centrum Judaicum. Autrement dit, il participait à définir ce qui relève ou non de l’antisémitisme en Allemagne et influençait les débats publics sur la mémoire de la Shoah.
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En septembre 2024, dans la « Déclaration de Brême » de la DIG, Hartmut Ebbing appelait ni plus ni moins à ce qu’Israël « conquière complètement » Gaza, à la criminalisation des appels au boycott, à la livraison d’armes allemandes à Israël et même à la possible fermeture de mosquées ou de médias jugés critiques envers l’État hébreu. Des prises de position jugées anti-démocratiques et inhumaines par beaucoup, mais courantes au sein de ce lobby.
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Pourquoi cette affaire secoue-t-elle l’Allemagne ?
Au-delà du cas Ebbing, ce scandale pose des questions lourdes. Comment un condamné pour pédopornographie a-t-il pu rester aussi longtemps dans les cercles du pouvoir et gérer l’argent public ? La justice a-t-elle fait preuve de trop de mansuétude pour protéger un lobby influent ? Et que dire du silence qui a entouré la première condamnation ?
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Si le deuxième procès n’avait pas éclaté au grand jour, tout cela serait peut-être resté caché. Hartmut Ebbing continuerait peut-être encore à défendre les intérêts israéliens avec des fonds allemands. Aujourd’hui, sa carrière politique est en ruines, sa réputation brisée à jamais. Mais les débats qu’il laisse derrière lui – sur la protection des enfants, la transparence des lobbys et l’intégrité des élus – ne font que commencer.
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Cette affaire Hartmut Ebbing n’est pas seulement celle d’un homme qui a trahi sa fonction. C’est le révélateur d’un système où notoriété, réseaux d’influence et arguments géopolitiques ont parfois pesé plus lourd que la protection des plus vulnérables. L’Allemagne, qui se veut exemplaire en matière de rigueur et de mémoire, regarde désormais ce dossier avec un mélange de colère et d’embarras. La suite judiciaire et politique s’annonce explosive.
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