Après une année 2025 marquée par les retards, les grèves et les tensions sur les outils de contrôle aérien, un nouveau bilan couvre le ciel français. La Direction des services de la Navigation aérienne (DSNA) défend ses investissements technologiques, mais les compagnies aériennes voient surtout un plafond qui se grippe et menace toute l’Europe.
Tout le monde veut passer, mais tout ralentit au même endroit. Comme le rapportent Les Échos, un nouveau rapport du Sénat vise le contrôle aérien tricolore après « l’année noire de 2025 ». A en croire le diagnostic, si rien ne change, la France pourrait devenir « un point de blocage majeur du ciel européen », formule relayée par le quotidien économique dans la présentation de son enquête.
Le problème dépasse largement les files d’attente à Orly ou à Roissy. La France est un carrefour aérien, survolée par une grande partie des vols entre le nord et le sud de l’Europe. Quand ses centres de contrôle ralentissent, c’est tout le continent qui peine. Eurocontrol rappelle dans son rapport annuel 2025 que le trafic européen a encore progressé de 4,3 % dans la zone du Network Manager, avec plus de 30 000 vols par jour en moyenne. L’été a été encore plus dense, avec 35 122 vols quotidiens entre mai et août.
Officiellement, la DSNA met en avant sa modernisation. Le ministère des Transports souligne la mise en service de 4-FLIGHT au centre régional de navigation aérienne Nord, le déploiement de NVCS à l’Ouest, et présente ces chantiers comme des étapes importantes pour améliorer la performance du contrôle aérien français. Mais dans les cockpits et chez les compagnies, la patience s’amenuise.
L’IATA, qui représente plus de 370 compagnies aériennes, dresse un tableau plus sombre encore. Selon l’organisation, les retards liés au contrôle aérien en Europe ont augmenté de 114 % entre 2015 et 2024, alors que le nombre de vols n’a progressé que de 6,7 % sur la même période. Elle pointe les limites de capacité et les pénuries de personnel, particulièrement en France et en Allemagne, dont les prestataires de navigation aérienne concentreraient plus de la moitié des retards. L’été 2025 a effectivement donné un avant-goût de ce blocage. Début juillet, une grève des contrôleurs aériens français a forcé la DGAC à demander l’annulation de 40 % des vols dans les trois principaux aéroports parisiens. Jusqu’à la moitié des vols ont aussi été touchés dans plusieurs aéroports de province, surtout dans le sud. Selon Airlines for Europe, 1 500 vols ont été annulés en deux jours et 300 000 passagers ont été affectés.
Deux récits sont opposés : d’un côté, l’État explique que la modernisation avance, avec des outils nouveaux, des procédures coordonnées et des investissements lourds ; de l’autre, les compagnies répondent que le passager juge au résultat.










