
Une publication sérieuse, des résultats intéressants et un moment idéal pour les gouvernements européens en quête d’un tampon « validé par la science ». Avec un petit détail gênant : l’étude en question ne teste ni l’interdiction française, ni la vérification de l’âge, ni les conséquences d’un contrôle imposé à tous les internautes.
Pour nous soutenir, veuillez désactiver votre bloqueur de publicités.
Publicité
Ce que montre réellement l’étude italienne
Les chercheurs ont analysé les parcours de 5 227 élèves de Lombardie. Ils ont comparé les jeunes ayant ouvert un compte sur un réseau social en sixième, cinquième ou quatrième avec ceux ayant attendu la troisième ou plus tard.
Les premiers obtiennent en moyenne de moins bons résultats en italien et en mathématiques. L’écart peut représenter environ six mois d’apprentissage. Aucun effet comparable n’a cependant été observé en anglais, les auteurs évoquant l’exposition fréquente à des contenus anglophones.
Le travail est plus solide qu’un simple questionnaire publié dans un magazine parental. Les chercheurs ont pris en compte les résultats scolaires antérieurs, le niveau d’études des parents, la situation économique ou encore la structure familiale.
Mais ils reconnaissent eux-mêmes plusieurs limites. Les données sur l’âge de création du premier compte reposent sur les souvenirs des élèves. L’étude ne constitue pas une expérience contrôlée. Certains facteurs familiaux, sociaux ou personnels ont pu échapper aux chercheurs. Enfin, l’échantillon vient uniquement du nord de l’Italie.
Une étude commencée bien avant le vote français
Rien ne permet d’accuser les auteurs d’avoir fabriqué leurs conclusions pour Emmanuel Macron. L’article a été reçu par la revue le 30 mai 2025, bien avant le vote définitif en France. La recherche portait sur des données recueillies durant l’année scolaire 2023-2024.
Le problème ne se situe donc pas dans un laboratoire secret de la Macronie où des savants auraient reçu pour mission de produire une courbe avant le journal de 20 heures. Il se trouve dans l’utilisation politique qui risque d’être faite de ces résultats.
Pour nous soutenir, veuillez désactiver votre bloqueur de publicités.
Publicité
Constater un risque ne valide pas n’importe quel remède
Même en acceptant totalement les conclusions de l’étude, une baisse des performances scolaires ne prouve pas qu’une interdiction générale avant 15 ans sera efficace. Les chercheurs n’ont pas comparé des pays avec ou sans interdiction. Ils n’ont pas étudié les contournements par VPN, les comptes empruntés, l’éducation numérique ou l’accompagnement parental.
Ils n’ont surtout pas mesuré les effets d’un système obligeant chaque utilisateur, mineur comme adulte, à démontrer son âge. Pour repérer les moins de 15 ans, les plateformes devront nécessairement vérifier les autres. Document d’identité, estimation faciale, prestataire extérieur ou identité numérique : le dispositif exact pourra varier, mais le principe reste le même. Tout le monde passe au contrôle pour empêcher quelques adolescents d’ouvrir TikTok.
La loi française transforme ainsi une question éducative réelle en infrastructure de surveillance. Le procédé est commode : partir d’un problème incontestable, choisir la solution la plus intrusive, puis présenter toute critique comme une indifférence au sort des enfants.
La fabrication du consentement, pas celle de l’étude
Cette recherche mérite d’être discutée pour ce qu’elle apporte : un argument en faveur d’un accès plus tardif et mieux accompagné aux plateformes. Elle ne fournit pas un blanc-seing à la loi française.
Quelques jours après le vote, elle offre pourtant un récit parfait : la science aurait parlé, le gouvernement aurait courageusement agi et la vérification généralisée de l’âge ne serait qu’un détail technique. La chronologie réelle est moins glorieuse. La mesure était décidée avant la publication.
Pour nous soutenir, veuillez désactiver votre bloqueur de publicités.
Publicité
L’étude n’a probablement pas été fabriquée pour justifier la loi. Son utilisation comme certificat scientifique d’une politique déjà adoptée, en revanche, risque de l’être avec beaucoup d’application.










