
29,5 millions de dollars. Pour Vanguard, qui gère environ 12 000 milliards de dollars, l’addition ressemble à une rayure sur la carrosserie. Mais dans la bataille américaine autour de l’ESG, ce règlement met un jalon très concret : l’un des « Big Three » sort du ring, les deux autres restent face aux procureurs.
Ce qui vient de se passer
Selon le Financial Times et Bloomberg, Vanguard a accepté de régler une procédure lancée par le Texas et d’autres États américains dirigés par des républicains, qui accusent Vanguard, BlackRock et State Street d’avoir coordonné des pratiques d’investissement liées à l’ESG pour peser sur la production de charbon.
- Montant du règlement : 29,5 millions de dollars.
- Vanguard ne reconnaît pas de faute, d’après le Financial Times.
- Le dossier continue contre BlackRock et State Street, qui contestent les accusations.
- Bloomberg rapporte qu’un document de justice montre que Vanguard a été retiré comme défendeur après l’accord.
- Bloomberg et le Wall Street Journal indiquent que l’accord inclut un engagement à ne pas faire passer des objectifs ESG avant la rentabilité des clients (formulation rapportée par ces médias).
De quoi parle ce procès antitrust « cartel ESG » ?
Le cœur de l’accusation est simple à énoncer, même si le droit de la concurrence, lui, l’est beaucoup moins : les États plaignants estiment que les trois plus grands gestionnaires d’actifs indiciels ont utilisé leur puissance d’actionnaires (notamment via les votes en assemblée et l’influence sur la gouvernance) pour pousser des entreprises du charbon vers des objectifs climatiques communs — et que cela aurait fini par réduire l’offre et renforcer les prix de l’énergie.
En mai 2025, la FTC et le ministère de la Justice (division antitrust) ont même déposé une “statement of interest (déclaration d’intérêt)” dans cette affaire, en reprenant l’idée d’une possible conspiration anticoncurrentielle liée à des initiatives « net zero ».
Dit autrement : ce n’est pas un débat abstrait sur “investir responsable”. C’est une question de concurrence et de marché : trois géants auraient-ils agi comme un bloc, là où la loi attend des acteurs indépendants ?
Pourquoi 29,5 millions de dollars peuvent peser plus lourd que le chiffre ne le suggère
Ici, le symbole vient d’un mécanisme très concret : un règlement met fin au risque judiciaire pour Vanguard… et laisse le dossier vivre contre les deux autres.
Pour les équipes conformité à Wall Street, l’effet peut se résumer par une image : une alarme incendie qui se déclenche dans un immeuble entier. Même si l’incendie est petit, tout le monde regarde où sont les extincteurs, si les sorties de secours sont conformes, et si les procédures internes sont béton.
Le Financial Times note que l’affaire est suivie de près par l’industrie, car elle pourrait influencer la façon dont les fonds indiciels votent et interagissent avec les entreprises.
Pourquoi les “Big Three” sont au centre de la tempête ESG
BlackRock, Vanguard et State Street ne sont pas seulement gros. Ils sont gros d’une manière particulière : ils sont les moteurs des fonds indiciels (ETF et fonds passifs). Résultat : ils se retrouvent actionnaires partout, souvent parmi les premiers rangs, sans “choisir” chaque entreprise au cas par cas comme un fonds actif.
C’est là que l’ESG devient explosif politiquement :
- Pour les partisans de l’ESG, ces votes et engagements servent à réduire des risques (climat, réputation, litiges).
- Pour ses adversaires, c’est une forme de politique par la finance, et donc un terrain parfait pour une attaque juridique quand le mot “cartel” entre dans la conversation.
La FTC et le DOJ, dans leur texte de 2025, décrivent précisément l’accusation : influence d’actionnaires, réduction coordonnée de la production de charbon, et conséquences sur les prix.










