Céline et Cédric Lhomme, éleveurs laitiers à Pouilley-Français dans le Doubs, ont porté plainte devant la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH). Avec le soutien du collectif Paysans LIBRe et de l’association BonSens.org, ils contestent l’abattage de leur troupeau de 83 vaches montbéliardes, survenu le 2 décembre 2025 après la détection d’un seul cas de dermatose nodulaire contagieuse (DNC).
La plainte vise la Commission européenne pour « mise à mort d’animaux sans nécessité ». Les époux Lhomme estiment que l’abattage total était disproportionné, leurs animaux ayant été vaccinés environ quarante jours plus tôt. Ils demandent notamment le reclassement de la DNC, actuellement en catégorie A (éradication obligatoire), vers une catégorie de simple surveillance.
L’affaire remonte à la fin novembre 2025. Une vache présente des nodules, le test confirme la maladie. Malgré une mobilisation d’environ 300 personnes et des heurts avec les forces de l’ordre, les services vétérinaires procèdent à l’euthanasie de l’ensemble du cheptel. La famille, qui a reçu des indemnités lui permettant de racheter une cinquantaine de bêtes, décrit l’événement comme « traumatisant ».
Déjà déboutés le 27 mai dernier par la Cour de justice de la République (CJR) dans une plainte visant les ministres de l’Agriculture et de l’Intérieur, les Lhomme ne renoncent pas. « Nous ne nous arrêtons pas à ce rejet », déclare Céline Lhomme, à L’Est Républicain. « Nous avons décidé, avec l’avocate de BonSens.org, de porter notre combat devant la CEDH. »
L’avocate Diane Protat, qui représente également d’autres exploitants européens, insiste sur la reconnaissance de la qualité de victime par la CJR, tout en déplorant l’absence d’enquête approfondie.
La politique sanitaire européenne impose l’abattage systématique en cas de foyer de DNC. En France, 117 foyers ont été recensés depuis juin 2025, entraînant l’euthanasie d’environ 3 800 bovins. Le ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, a indiqué le 4 juin que la maladie était « éradiquée » sur le territoire national.
La plainte des Lhomme s’inscrit dans un mouvement plus large de contestation de la stratégie d’éradication. Les éleveurs plaident pour des abattages sélectifs et une meilleure prise en compte de l’immunité vaccinale. La procédure devant la CEDH s’annonce longue ; elle pourrait néanmoins relancer le débat sur l’équilibre entre protection sanitaire et survie des exploitations familiales.










