À Ulefoss, dans le sud de la Norvège, 16 millions de tonnes de terres rares dorment sous un volcan éteint depuis 580 millions d’années. Rare Earths Norway veut les extraire pour offrir à l’Europe une alternative à sa dépendance quasi totale envers la Chine, mais le projet attend encore ses autorisations et doit composer avec des espèces protégées sur place.
Le reportage de franceinfo plante le décor avec une Volvo 240. Au volant de son antique modèle des années 1980, Tor Espen Simonsen, responsable local de Rare Earths Norway, franchit le panneau du site de Fensfeltet et pénètre dans ce qui fut jadis un volcan. Sous ses roues se cache « le plus grand gisement de terres rares d’Europe », désormais évalué à 16 millions de tonnes, l’un des plus importants au monde selon la société minière.
Sur le terrain, le géologue Eirik Bache Stokmo supervise des carottages qui progressent de 50 mètres par jour, un rythme jugé prometteur pour cartographier les minéralisations. Le PDG Alf Reistad presse le mouvement car les restrictions chinoises annoncées en 2025 ont mis à nu la dépendance du continent, alors que Pékin conserve un quasi-monopole sur l’approvisionnement de l’industrie européenne. Son projet table sur 30 à 40 % de la demande européenne couverte si l’extraction démarre. Conçue comme une « mine invisible », entièrement souterraine et alimentée en résidus réinjectés sous terre, l’installation devrait permettre aux 600 habitants vivant au-dessus du gisement d’y rester, sans vider le village d’Ulefoss. Un mouvement citoyen a même vu le jour pour soutenir le projet, sous l’appellation Make Ulefoss Great Again, clin d’œil assumé au slogan américain.
C’est pourtant loin d’être acquis. Selon une dépêche de l’AFP relayée par France 24, le site que Rare Earths Norway convoite pour installer son parc minier abrite 78 espèces animales et végétales inscrites sur liste rouge, coléoptères saproxyliques, ormes de montagne, frênes communs et une quarantaine de champignons compris. Le préfet local s’est d’ailleurs formellement opposé à cet emplacement lors des consultations publiques. Dans les rues d’Ulefoss, l’accueil reste malgré tout mesuré. « Nous avons besoin d’argent et de davantage d’habitants », confiait à l’AFP Inger Norendal, enseignante retraitée de 70 ans, favorable à l’arrivée de la mine.
Comme le rapporte CNEWS, l’industrie européenne importe aujourd’hui 98 % des terres rares dont elle a besoin depuis la Chine, un niveau que Tor Espen Simonsen juge intenable. « L’Europe doit se procurer davantage de ces matières premières par elle-même », plaide-t-il. Bruxelles s’est fixé, dans son règlement sur les matières premières critiques, l’objectif de couvrir au moins 10 % de ses besoins d’ici 2030. Aucun gisement européen n’est pourtant en exploitation à ce jour, Fensfeltet ou pas.










