Le 3 août, 80 personnes se sont rassemblées devant la mairie d’Ille-sur-Têt (Pyrénées-Orientales) contre la suppression de 19 jardins familiaux cultivés depuis 1949, en partie ravagés par l’incendie de Trévillach une semaine plus tôt. La municipalité veut y installer une ceinture de protection contre le feu. Prévenus par simple courrier et sans préavis, les jardiniers n’ont que quelques semaines pour partir et dénoncent une décision brutale.
Selon un reportage de Reporterre, la municipalité, dirigée depuis mars par Alain Fabresse, délégué départemental de l’Union des droites pour la République, a décidé de supprimer les 19 parcelles situées en contrebas de la ville, près de la route départementale 66. Le 5 juillet, le feu de Trévillach s’était introduit dans cette zone, détruisant la plupart des jardins ainsi que des champs et des habitations. Les bénéficiaires ont appris la nouvelle par un simple courrier ou la visite d’un représentant de la mairie, sans explication ni préavis, avant de devoir libérer les lieux en quelques semaines pour permettre la remise en état du site.
Depuis 1949, la commune loue ces parcelles à des familles à faibles revenus. Hayat, mère de quatre enfants dont deux en situation de handicap, y voit son unique accès à un espace extérieur. Seule la porte de son jardin avait résisté aux flammes, avant d’être volée le matin même du rassemblement. Fatima, dont la parcelle a également brûlé, assure vouloir financer elle-même sa remise en état. Marie-José, 67 ans, cultive l’une des rares parcelles épargnées par le feu, celle où son mari, mort il y a quatre ans, avait planté l’abricotier et construit la cabane avant qu’elle ne perde ses deux sœurs l’année suivante. Francis, 84 ans, fait remarquer que le champ de pêchers calciné juste derrière les jardins, propriété de la commune, n’a lui non plus jamais été entretenu, pas plus que les abords du canal appartenant à la ville de Perpignan. Pour Romain, membre des Jeunesses populaires du Conflent, « c’est du mépris de classe ».
Alain Fabresse justifie sa décision par la nécessité de créer une ceinture de protection contre les incendies, évoquant des parcelles mal entretenues et des cabanons ou bonbonnes de gaz qui auraient favorisé la propagation du feu vers les premières habitations. Contactée, la mairie n’a pas répondu à ces questions.
Auprès de France 3 Occitanie, le maire a détaillé son projet, un espace tampon entre la Têt et les habitations, rendu à l’agriculture, au pastoralisme ou à un usage bucolique et dégagé de toute végétation combustible. Des jardins de remplacement seraient proposés près du camping municipal. « Une honte ! » s’exclame Laëtitia, une des habitantes délogées.
Sur les réseaux sociaux, le maire justifie par ailleurs la fermeté de la mesure, assurant que le dialogue ne doit jamais empêcher d’agir quand la sécurité de la population est en jeu, rapporte Made in Perpignan. Les contrats d’attribution des parcelles sont pourtant renouvelés chaque année sous condition d’entretien, ce qui nuance l’argument du délaissement. Hayat cultive la sienne depuis douze ans, seul accès à un espace extérieur pour elle et ses deux enfants qui vivent en appartement.
Une pétition circule, un recours administratif a été déposé, et une manifestation paysanne pourrait se tenir d’ici septembre. La ceinture de protection promise par la mairie devra convaincre des habitants qui, eux, n’ont jamais eu droit à la moindre explication écrite.










