La France vient de labelliser trois nouvelles zones marines en “protection forte”. Le gouvernement y voit une avancée majeure. Les ONG et plusieurs chercheurs dénoncent plutôt une opération de communication, où l’on protège parfois des zones déjà protégées, ou trop lointaines pour changer le sort des mers les plus abîmées.
La mer absorbe les plastiques, le carbone, les promesses politiques, et maintenant les annonces écologiques trop bien emballées. Le 9 juin, un an après la conférence des Nations unies sur l’Océan organisée à Nice, le ministère de la Transition écologique a annoncé la labellisation de trois nouvelles zones de protection forte. Elles se trouvent dans les Terres australes françaises, à Petite-Terre en Guadeloupe et dans la baie d’Audierne, en Bretagne. Selon le gouvernement, elles portent à 14,68 % la part des eaux françaises reconnues en protection forte.
Les Terres australes françaises représentent à elles seules 900 000 km². Petite-Terre couvre 8,42 km². La baie d’Audierne, elle, seulement 0,09 km². Autrement dit, l’essentiel du progrès statistique se joue très loin de l’Hexagone, dans des espaces immenses, peu accessibles, et déjà largement encadrés. Pendant ce temps, les zones côtières métropolitaines, celles où la pêche industrielle, le tourisme, le trafic maritime et les pollutions pèsent le plus, restent beaucoup moins concernées.
Par ailleurs, la formule « protection forte » laisse à désirer. Le décret de 2022 définit ces zones comme des espaces où les pressions humaines sont « absentes, évitées, supprimées ou fortement limitées », grâce à une réglementation adaptée et à un contrôle effectif. Mais cette définition laisse une grande marge d’interprétation. Elle ne signifie pas automatiquement interdiction de la pêche, interdiction du tourisme, ni sanctuarisation complète.
Comme le rapporte Reporterre, c’est précisément ce flou que dénoncent les associations environnementales. Natura Sciences rappelait déjà en 2025 que le statut français de protection forte n’interdisait pas forcément les pratiques de pêche les plus contestées, et citait notamment l’ONG Bloom, qui parlait d’une « escroquerie » à propos des annonces gouvernementales sur le chalutage de fond. Interdire une activité là où elle n’existe déjà plus, ou presque plus, permet de fabriquer une victoire sans conflit réel. C’est une écologie de vitrine, avec vue sur mer.
Or, les scientifiques sont clairs sur le fait que les aires marines les plus efficaces sont celles où les prélèvements sont réellement interdits ou très strictement encadrés. Une revue scientifique publiée dans Environmental Evidence distingue nettement les zones entièrement protégées, dites no-take, des zones partiellement protégées, où seules certaines activités sont limitées. Une étude européenne publiée en 2024 souligne aussi que les bénéfices pour les pêcheries voisines dépendent de critères concrets, comme l’âge de la zone, son contrôle, son insertion dans un réseau et les espèces concernées.










