
Une réalité bien différente
Pour l’instant, ce 15 juin, le détroit d’Ormuz reste de facto fermé ou gravement perturbé. Les données de suivi maritime en temps réel, issues de plateformes comme hormuzstraitmonitor.com et global-energy-flow.com, révèlent un trafic réduit à 3 % de sa normale : seulement 2 à 6 navires par jour osent s’y aventurer, contre 50 à 60 habituellement. La plupart sont des bâtiments iraniens. Cette fermeture, effective depuis fin février 2026, dure donc depuis plus de cent jours.
🇮🇷🇺🇸 Le vice-ministre iranien Gharibabadi confirme officiellement : L’Iran vient de dicter ses conditions et Washington a accepté . Accord finalisé après quinze heures de bras de fer. Signature vendredi à Genève. Point final. pic.twitter.com/H3tURUgU23
— Camille Moscow 🇷🇺 🌿 ☦️ (@camille_moscow) June 14, 2026
Israël, l’arbitre invisible
La réouverture effective du détroit ne dépend pas uniquement de Washington et Téhéran. Elle est indissociable de la situation sur le front israélo-libanais. L’Iran a en effet conditionné tout accord à un cessez-le-feu sur « tous les fronts », y compris au Liban, où son allié, le Hezbollah, est en première ligne. Or, Israël persiste dans ses frappes. Le 13 juin, des raids israéliens sur Beyrouth, ciblant le quartier de Dahiyeh, bastion du Hezbollah, ont failli faire capoter les négociations in extremis. Donald Trump a publiquement fustigé ces attaques, les jugeant « inopportunes » alors que « l’on était si proche d’un accord ». L’Iran, lui, a prévenu : ces frappes pourraient tout remettre en cause.
Selon Fox News, les frappes d’#Israël 🇮🇱 menées aujourd’hui à Beyrouth, Liban 🇱🇧, ont compliqué la finalisation d’un accord US/Iran. Les frappes constituent une énième tentative de #Netanyahu pour saboter l’accord du de #Trump et entraîner les États-Unis dans un nouveau conflit. pic.twitter.com/6VT7yABtlT
— Marc Gabriel Draghi (@gabriel_draghi) June 14, 2026
Tel-Aviv, acteur clé et récalcitrant
Israël, bien que non partie prenante aux discussions américano-iraniennes, pèse de tout son poids. Ses opérations militaires, notamment contre le Hezbollah au Liban, influencent directement la crédibilité et la mise en œuvre de tout accord. Tel-Aviv semble peu disposé à accepter un cessez-le-feu durable qui offrirait à l’Iran une marge de manœuvre, fussent-elles limitée.
Un scénario déjà vu
L’histoire se répète. Chaque fois qu’une avancée diplomatique avec l’Iran semble possible, elle est fragilisée, voire torpillée, par l’opposition ou les actions d’Israël.
Le JCPOA de 2015, négocié sous Barack Obama, limitait le programme nucléaire iranien en échange d’un allègement des sanctions. Téhéran s’y conformait. Mais Israël, sous Benjamin Netanyahu, s’y est farouchement opposé. Ce dernier l’a qualifié de « très mauvais accord » et a multiplié les pressions pour le saborder. En 2018, Donald Trump s’est retiré de l’accord, une décision saluée par Benjamin Netanyahu comme « historique », dont il s’est attribué une part du mérite.
Parallèlement, Israël a mené des opérations clandestines : virus Stuxnet (en collaboration avec les États-Unis), assassinats de scientifiques iraniens, frappes sur des installations nucléaires. Autant d’actions visant à retarder, voire détruire, le programme iranien par la force plutôt que par la diplomatie.
En 2026, les frappes américano-israéliennes du 28 février, ayant coûté la vie au Guide suprême Ali Khamenei, ont provoqué la fermeture du détroit par l’Iran. Les tentatives de cessez-le-feu en avril ont été éphémères, le détroit rouvrant brièvement avant de se refermer. Les frappes israéliennes au Liban ont systématiquement compliqué les pourparlers.
Un schéma immuable
Chaque fois qu’une voie diplomatique semble s’ouvrir, les « préoccupations sécuritaires » israéliennes – face à la prétendue menace nucléaire iranienne et à ses relais (Hezbollah, Hamas, Houthis) – poussent à privilégier la pression militaire.
JUST IN: 🇺🇸🇮🇱 President Trump says Israeli Prime Minister Netanyahu is « a very difficult guy. »
« He should be very thankful to us…because if Iran had a nuclear weapon, Israel wouldn’t be around. » pic.twitter.com/cjEMIiLR7a
— BRICS News (@BRICSinfo) June 14, 2026
Et maintenant ?
L’accord annoncé par Donald Trump offre un espoir de baisse des tensions et de normalisation du trafic pétrolier – le détroit représentant 20 % du pétrole mondial. Les marchés ont déjà réagi positivement, avec une baisse des cours du brut.
Mais la mise en œuvre reste incertaine. L’Iran doit encore confirmer pleinement les termes. Le déminage, la sécurisation et le retour progressif des navires prendront des semaines, voire des mois. Surtout, tout dépendra de la volonté d’Israël à cesser ou limiter ses opérations au Liban et contre les intérêts iraniens.
Si Tel-Aviv persiste dans ses frappes ou refuse un gel durable des hostilités avec le Hezbollah, l’Iran pourrait durcir sa position sur le détroit d’Ormuz.
La paix, une illusion ?
Donald Trump a annoncé un accord historique. Mais la paix au Moyen-Orient —-et la libre circulation dans l’une des artères les plus stratégiques du monde – reste suspendue à un acteur, Israël, qui a la fâcheuse tendance privilégié la confrontation à la diplomatie.
La balle est désormais dans le camp de Tel-Aviv autant que dans celui de Téhéran. Les prochains jours, jusqu’à la signature du 19 juin, seront décisifs. La région retient son souffle.










