À la veille de la Coupe du monde, les opérateurs de paris sportifs s’apprêtent à jouer gros. Les autorités alertent sur une pression publicitaire massive, tandis que les associations dénoncent un piège tendu aux jeunes et aux joueurs déjà fragiles.
La Coupe du monde n’a pas encore commencé que les mises sont déjà sur la table. Du 11 juin au 19 juillet, le football mondial va occuper les écrans, les conversations, les réseaux sociaux. Et avec tout ça, les paris sportifs vont exploser.
Selon The Epoch Times, les associations et les experts redoutent une flambée des comportements addictifs pendant la compétition. Le risque est d’autant plus fort que les opérateurs ont affûté leurs armes. L’Autorité nationale des jeux a constaté une hausse de plus de 25 % des budgets promotionnels pour 2026, justifiée notamment par le calendrier de la Coupe du monde. Elle s’inquiète aussi des « pauses fraîcheur », qui ajoutent de nouveaux espaces publicitaires pendant les matchs.
Le football est déjà le terrain préféré des parieurs. D’après l’ANJ, plus de 6 milliards d’euros ont été misés en ligne en 2025 sur ce sport, qui représente 55 % des paris en France. Pour le Mondial 2026, le régulateur estime que les mises pourraient atteindre environ 1,2 milliard d’euros, selon le parcours de l’équipe de France. Et les jeunes sont en première ligne. L’ANJ indique que 64 % des parieurs sportifs ont entre 18 et 34 ans. Plus inquiétant encore, l’OFDT rappelle que la part des jeunes de 17 ans misant en ligne est passée de 14,7 % en 2011 à 27,9 % en 2022. Cette progression accompagne une forte pression publicitaire.
Le problème n’est donc pas seulement le pari, c’est le décor qui l’entoure. Les publicités promettent le frisson, le statut, parfois même une forme d’ascension sociale. L’OFDT a analysé 124 publicités diffusées entre 2014 et 2024. Certaines mobilisent des codes proches des univers prisés par les mineurs, comme les jeux vidéo, les dessins animés ou les mangas. D’autres présentent le jeu comme une pratique répétée, presque naturelle, en gommant le risque.
Addictions France affirme que les opérateurs ont prévu 785 millions d’euros de dépenses promotionnelles, dont 466 millions en gratifications financières, comme les bonus et les « freebets ». Elle rappelle aussi que 63 % du produit brut des jeux des paris sportifs proviendrait de joueurs addicts ou en perte de contrôle, selon son rapport « Carton Rouge ».
Face à ce rouleau compresseur, le débat politique s’ouvre enfin. L’Équipe rapporte qu’une proposition de loi déposée le 3 juin par le député Emmanuel Duplessy veut s’inspirer de la loi Évin. Le texte prévoit de restreindre le sponsoring, d’interdire le recours aux sportifs et aux célébrités dans les publicités, mais aussi d’encadrer les communications autour des événements sportifs. L’ANJ défend aussi un « whistle to whistle ban », soit une interdiction de la publicité pour les jeux d’argent avant, pendant et juste après les matchs. Pour l’instant, cela reste surtout un appel.










