Devant la crise énergétique, sans cesse aggravée par les événements géopolitiques, la guerre en Ukraine puis le blocage du détroit d’Ormuz, la Norvège se débarrasse peu à peu des moratoires pour accélérer sa production de gaz et de pétrole. Oslo envisage d’ouvrir plusieurs zones à l’exploration pétrolière et de relancer trois champs gaziers fermés depuis 1998. Le gouvernement norvégien justifie ceci par les emplois créés, et le soutien apporté à l’UE, tandis que les opposants, notamment les militants écologistes, s’opposent à ces projets.
De 1998 à 2025, la trajectoire énergétique de la Norvège est passée d’un pic de confiance à une phase de doute climatique, avant le revirement actuel. Après avoir atteint son pic de production de pétrole en 2000, le pays a entamé une lente érosion de ses volumes, masquée par l’essor du gaz naturel. À partir des années 2010, sous la pression des engagements de l’Accord de Paris et d’une opinion publique de plus en plus verte, Oslo a multiplié les signaux de retrait : interdiction de forer dans les zones sanctuarisées des îles Lofoten, Vesterålen et Senja, et désengagement partiel du fonds souverain, qui a atteint environ 20 000 milliards d’euros, des entreprises d’exploration.
Premier fournisseur européen de gaz
Entre 2018 et 2021, la stratégie nationale semblait acter le déclin programmé du fossile, avec un gel de l’exploration dans les zones vierges et une priorité donnée à l’électrification.
Ce contexte de “déclin géré” a brutalement volé en éclats à partir de 2022, transformant la retenue passée en une urgence de production. La chute des livraisons de gaz russe vers l’Europe a forcé la Norvège à assumer un rôle de premier fournisseur continental qu’elle n’avait jamais cherché. Pour compenser l’absence de nouveaux gisements lancés durant les années de “gel” politique, l’État a dû revoir ses priorités : les incitations fiscales votées pendant la pandémie, initialement prévues pour soutenir l’emploi, ont servi de tremplin à une vague de forages sans précédent.
Ce contexte de “déclin géré” a brutalement volé en éclats à partir de 2022, transformant la retenue passée en une urgence de production. La chute des livraisons de gaz russe vers l’Europe, passées de 45 % des importations UE en 2021 à moins de 19 % en 2024, a forcé la Norvège à assumer un rôle de premier fournisseur continental qu’elle n’avait jamais cherché. En 2023, contre l’avis des ONG et de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), Oslo avait déjà donné son feu vert à dix-neuf nouveaux projets d’exploitation, justifiés par la nécessité d’assurer la sécurité énergétique de l’Europe.
La production gazière est passée de 114 Gm³ en 2019 à un record de 124 Gm³ en 2024 tandis que le pétrole a grimpé de 1,437 Mb/j à 1,859 Mb/j en 2025, suite à une vague de forages dopée par les incitations fiscales pandémiques.
Un autre événement géopolitique vient accélérer le réveil du fossile norvégien. Il s’agit cette fois-ci du blocage du détroit d’Ormuz. En réponse à la flambée des cours, “la plus grave crise énergétique de l’histoire” selon l’AIE, Oslo envisage de passer à une vitesse supérieure.
Des champs gaziers fermés depuis 30 ans
Deux mesures sont sur la table: ouvrir trois nouvelles zones offshore à l’exploration pétrolière et relancer l’activité de trois champs gaziers, fermés depuis 30 ans, pour un début d’exploitation dans deux ans. Cette remise en service nécessite près de deux milliards d’euros d’investissements et doit permettre de produire l’équivalent de 100 millions de barils. Cela pourrait “procurer des emplois dans tout le pays”, justifie le gouvernement. En outre, “la production norvégienne de pétrole et de gaz contribue de manière significative à la sécurité énergétique de l’Europe “, a souligné le ministre de l’Énergie, Terje Aasland, dans le communiqué
Le Royaume est désormais le premier pourvoyeur de gaz de l’Union européenne (UE), couvrant de 25 à 30 % des besoins. En outre, la Norvège assure près de 15 % des livraisons de pétrole, l’équivalent, environ, de ce qui est importé des pays du Golfe en passant par le détroit d’Ormuz.
Oslo envisage aussi la prospection de 70 nouveaux blocs sur des zones matures en mer du Nord, en mer de Norvège et mer de Barents.
La nouvelle a fait réagir ONG, militants, opposants et agences norvégiennes. Les écologistes s’inquiètent de prospections des sites de plus en plus proches des côtes, dénonçant “une folie”. De son côté, l’Agence norvégienne de l’environnement a mis en garde contre les risques de ces projets. Les opposants aux annonces du gouvernement norvégien l’exhortent à privilégier la transition et à contribuer à faire sortir l’Europe des hydrocarbures, “au lieu de renforcer” cette dépendance.










