Sur cinq hectares de forêt entre Dinan et Rennes, feijoas, pacaniers et théiers doivent bientôt pousser aux côtés des chênes et des noisetiers locaux. L’idée est de nourrir sans labourer un seul rang, en misant sur des plantes vivaces plutôt que sur le potager classique. Un pari agronomique.
Selon France 3 Régions, c’est un trentenaire installé près de Dinan, sur la parcelle des Champs-Géraux, qui pilote ce chantier baptisé « La forêt à croquer ». Reconverti après des études d’industrie, Mathieu Plot veut prouver qu’un écosystème dominé par les arbres peut remplacer les rangs de légumes habituels. Le projet doit notamment faire pousser du feijoa, un goyavier du Brésil encore méconnu en Bretagne, aux côtés d’espèces plus locales, et bénéficie du soutien de plusieurs institutions, dont Dinan Agglomération. L’inspiration est venue d’un jardin-forêt existant en Saône-et-Loire, celui de Fabrice Desjours, dont l’agriculteur breton a repris plusieurs conseils.
Comme on peut l’apprendre sur sa page de campagne Miimosa, Mathieu Plot co-fonde en 2022 Pacific Planet, une entreprise agréée ESUS tournée vers la sensibilisation à la biodiversité, avant de reprendre une formation de maraîcher bio en 2023 pour se consacrer à la forêt nourricière. Sa campagne de financement participatif, lancée en 2024, réunit 467 contributeurs pour 49 995 euros, sur un budget matériel total estimé à 150 000 euros. Le terrain a connu un passé plus rude : il y a une dizaine d’années, une coupe rase menée par l’ancien propriétaire avait appauvri durablement sa faune et sa flore. L’installation est aujourd’hui suivie par plusieurs chercheurs, dont Kévin Morel de l’INRAE et Olivier Godinot de l’Institut Agro Rennes-Angers.
Coup de Pousse détaille la logique agronomique qui sous-tend cette permaculture forestière, où certaines plantes fixent l’azote du sol, d’autres protègent les racines ou attirent les insectes pollinisateurs, dans un jeu d’interactions calculées plante par plante. Faute de premières récoltes bretonnes à mesurer, l’exemple avancé vient d’une expérience écossaise menée entre 2011 et 2017 sur une forêt comestible de 0,08 hectare, qui a produit chaque année 713 kilogrammes de nourriture, de quoi couvrir les besoins en glucides de sept hommes ou neuf femmes, ou en protéines de quatre à cinq adultes, ramenés à l’hectare. Les premiers débouchés commencent malgré tout à apparaître, avec des sirops forestiers déjà partagés lors d’événements locaux. La forêt bretonne n’a pas encore rendu son verdict, mais l’appétit est déjà planté.










