Le Crédit Agricole Anjou Maine a finalisé l’achat de 740 hectares dans le massif de la Grande Charnie, entre la Sarthe et la Mayenne. La banque parle d’investissement durable et l’opération rappelle surtout que la forêt française devient un actif très convoité. Les financiers se promènent dans les bois…
Une banque achète une forêt. Comme le rapporte The Epoch Times, l’opération est présentée comme une première pour cette caisse régionale. D’autant que la parcelle n’a rien d’un maigre bois oublié au bord d’une route. Il s’agit d’un vaste ensemble forestier, composé à environ 80 % de chênes, dans un massif privé reconnu pour sa qualité sylvicole. La gestion y serait menée depuis plus de trente ans par un cabinet forestier de Laval, avec des prélèvements limités, un couvert forestier maintenu et la promesse forte de ne pas pratiquer de coupes rases.
Sur le papier, tout est vert. La banque met en avant la protection de la biodiversité, le soutien à la filière bois locale et la contribution aux objectifs climatiques. La forêt devient ainsi un puits de carbone, un patrimoine naturel, un outil territorial, mais aussi un placement. Les mots changent selon l’interlocuteur car la forêt française attire les investisseurs en cochant toutes les cases du moment. Elle stocke du carbone, produit du bois et rassure les bilans extra-financiers. Elle donne aux institutions une image enracinée dans le temps long. Un chêne grandit lentement, mais il fait pousser rapidement les discours de responsabilité environnementale.
En France, la forêt appartient déjà très largement au privé. Le ministère de l’Agriculture estime que 75 % des forêts françaises relèvent de propriétaires privés, contre 16 % pour les collectivités et 9 % pour l’État. L’arrivée plus visible d’acteurs bancaires dans ce paysage pose donc question : qui décidera de l’avenir des bois ?
Les défenseurs de ce type d’opérations répondront que les banques ont les moyens d’entretenir les massifs, de financer des travaux coûteux et d’inscrire la gestion dans la durée. C’est vrai. Une forêt mal gérée brûle, s’appauvrit ou finit en alignements tristes. Mais une forêt transformée en actif patrimonial peut aussi devenir un objet de rendement, un outil de communication, et finir tout aussi mal gérée. Le Crédit Agricole Anjou Maine assure vouloir s’appuyer sur des acteurs locaux et poursuivre une gestion durable. Il faudra juger sur pièces, dans dix ans, dans vingt ans, au rythme réel de la forêt, qui aura cette vertu que d’obliger les promesses à vieillir.










