Deux jours après la publication de documents explosifs sur les origines du SARS-CoV-2, les doutes privés des auteurs de Proximal Origin, le blocage par le FBI de l’interrogatoire de Peter Daszak et les tentatives de destruction de traces, le sénateur Rand Paul a frappé à nouveau. Le 27 juillet 2026, via une série de tweets et la mise en ligne dans le Reading Room de son comité, il a rendu public Tony’s Diary: The Prequel : un journal personnel de 465 pages rédigé par Anthony Fauci lui-même entre 2001 et 2015.

Ce « préquel » n’est pas un simple arrière-plan historique. C’est la matrice. Il montre comment, pendant quinze ans, Fauci a construit l’appareil fédéral de biodefense américain, réclamé des pouvoirs exceptionnels, géré l’écart entre vérité classifiée et discours public, et orchestré des pauses de recherche qu’il présentait ensuite comme « volontaires ». Les méthodes observées en 2020-2021 — contrôle du récit, pression sur les scientifiques, accès privilégié à la communauté du renseignement — n’apparaissent plus comme des improvisations de crise, mais comme la continuation d’une pratique déjà rodée.

2001 : l’anthrax et la découverte de la « vérité masquée »
Le journal s’ouvre en avril 2001 sur les efforts de Fauci pour pousser une réponse américaine massive au VIH/sida en Afrique. Mais dès octobre 2001, les attentats à l’anthrax changent tout. Un scientifique du laboratoire militaire américain d’infectiologie confie à Fauci que les spores envoyées au sénateur Daschle sont « mieux ingénierées » que n’importe quelle arme biologique à l’anthrax jamais produite par les États-Unis. Quelques jours plus tard, le responsable de l’Office of Homeland Security déclare à la télévision qu’il s’agit d’une souche « garden-variety » (ordinaire).
Fauci écrit qu’il est « floored » (abasourdi) et conclut : « quelqu’un ne dit pas intentionnellement la vérité au gouverneur Ridge ou il masque la vérité ». Il en parle à deux responsables du HHS, y fait allusion à Tim Russert sur NBC et aux sénateurs Lieberman et McCain, et prédit « qu’il y aura l’enfer à payer quand le public américain réalisera qu’on ne lui a pas parlé de manière totalement ouverte ».

Ce passage est fondateur. Il révèle une conscience précoce de l’écart entre information classifiée et communication publique, et la volonté de Fauci de naviguer dans cet écart sans le combler complètement.
Les « pouvoirs façon DARPA » et la naissance de Project Bioshield
Face à cette nouvelle réalité bioterroriste, Fauci rencontre le vice-président Dick Cheney. Quand ce dernier lui demande de quelles autorités il a besoin pour diriger le biodefense au sein du NIAID, Fauci dresse une liste précise : contrats sole-source (attribution directe sans appel d’offres), subventions ultra-rapides et « DARPA-like powers ». Il briefe ensuite Cheney sur ce qu’il appelle lui-même « Project Bioshield (J’ai inventé le nom) » – Projet Bouclier biologique.

L’un des moteurs de cette montée en puissance, selon les propres mots de Fauci, est « l’intelligence CIA selon laquelle l’Irak possède la variole », justification de plans de vaccination pouvant concerner jusqu’à 10 millions d’Américains. Project Bioshield deviendra un programme fédéral majeur, donnant au gouvernement des outils exceptionnels pour développer, stocker et déployer rapidement des contre-mesures médicales contre les menaces biologiques. Fauci en est l’architecte conceptuel et le principal bénéficiaire institutionnel : le NIAID voit son rôle et ses moyens considérablement renforcés.

Ce moment est crucial. Il marque le passage d’un directeur d’institut de recherche classique à un acteur central de la sécurité nationale, disposant d’un accès permanent aux briefings classifiés et d’une capacité d’action hors des procédures ordinaires.
Le jugement sévère sur la CIA
Fauci n’est pas un naïf face au renseignement. Lors d’une réunion Top Secret à la Maison Blanche en 2008 sur l’anthrax résistant aux médicaments et aux vaccins, il note que les briefers de la CIA ont livré des renseignements « vagues, mous et même embarrassants de mauvaise qualité », du type de ceux qu’il a déjà subis « plusieurs fois auparavant ». Sa conclusion privée est sans appel : « On se fait une très mauvaise impression de la qualité de notre renseignement sur la base de réunions comme celle-ci. »

Cette distance critique n’empêche pas Fauci de s’appuyer sur ces mêmes canaux pour justifier des expansions de budget et de pouvoirs. Elle illustre plutôt une posture pragmatique : utiliser l’intelligence quand elle sert, la relativiser quand elle gêne.
Le « moratoire volontaire » de 2012 : une opération pilotée
En 2012, des données de laboratoire de Ron Fouchier sur des virus grippaux hautement pathogènes fuient. La Maison Blanche s’interroge sur la poursuite des financements. Fauci s’inquiète que des « influences extérieures (non scientifiques) » forcent l’arrêt des projets. Il appelle Fouchier chez lui aux Pays-Bas à 22 h 30 et le prévient : si les scientifiques ne marquent pas une pause d’eux-mêmes, « les gens de la sécurité » couperont les fonds. Fouchier cède le lendemain matin.

Le monde apprend que les chercheurs se sont « autorégulés ». Fauci et Francis Collins publient un communiqué « applaudissant leur décision ». Dans son journal, Fauci écrit clairement : « J’ai pris le taureau par les cornes. » La pause n’était pas volontaire ; elle était une manœuvre de protection du financement, présentée comme une initiative scientifique indépendante.
Silence avant l’élection de 2012
Heidi Avery, adjointe de John Brennan au National Security Staff, fait savoir à Fauci qu’elle ne veut aucun avis du National Science Advisory Board for Biosecurity sur les recherches dangereuses sur la grippe « AVANT LES ELECTIONS DU 6 NOVEMBRE » — en majuscules dans le journal de Fauci.
Celui-ci note qu’il a compris et qu’il doit maintenant décider s’il annule purement et simplement la réunion d’octobre du Conseil d’administration. De Avery, il écrit : « J’adore Heidi ; c’est une dure opérative de la CIA. »

La science de la biosécurité est explicitement subordonnée au calendrier électoral.
Le Global Fund : l’autre face de l’influence internationale
Le journal commence en 2001 par les efforts de Fauci pour convaincre l’administration Bush de s’engager massivement dans la lutte contre le VIH/sida en Afrique. Il multiplie les briefings auprès de Tommy Thompson (HHS), participe à la rédaction de papiers pour la Maison Blanche et pousse l’idée d’un fonds multilatéral public-privé. Ces discussions aboutissent au Global Fund pour combattre le SIDA, la Tuberculose & la Malaria, dont les États-Unis deviennent le premier contributeur.

Fauci apparaît ici comme un acteur de soft power sanitaire mondial : il articule impératif moral, intérêt stratégique américain et construction d’infrastructures internationales. Le même homme qui réclame des pouvoirs DARPA pour le biodefense national œuvre simultanément à la création d’un instrument de gouvernance sanitaire globale. Cette double casquette — sécurité nationale d’un côté, santé mondiale de l’autre — préfigure le rôle central qu’il jouera en 2020.
Continuité avec les documents de 2020-2021
Les parallèles avec les révélations des semaines précédentes sont frappants. En 2020, Fauci oriente le débat sur les origines via des experts financés par le NIAID, alimente la communauté du renseignement avec le preprint Proximal Origin, et les auteurs de cet article doutent en privé tout en affirmant publiquement l’impossibilité d’une manipulation. En 2012, il invente une pause « volontaire ». En 2001, il constate que la vérité sur l’anthrax est masquée et choisit de la gérer plutôt que de la crier sur tous les toits.
Le préquel montre que le contrôle du récit, l’accès privilégié aux informations classifiées et la capacité à présenter comme scientifiques des décisions politiques ou sécuritaires ne sont pas des inventions de la pandémie. Ils sont le fruit de quinze années de pratique au sommet de l’appareil biodefense américain.
Conséquences et liens avec la France : le laboratoire de Wuhan
Ces documents ont des implications directes pour la France. C’est l’État français qui a fourni les plans et une assistance technique majeure pour la construction du laboratoire P4 de Wuhan, inauguré en 2015. Des chercheurs et ingénieurs français ont participé à sa conception et à sa mise en service. L’argument avancé à l’époque était la coopération scientifique et le renforcement de la biosécurité mondiale.
Or le journal de Fauci montre un acteur américain qui, dès le début des années 2000, construit un système où la recherche à haut risque (gain-of-function inclus) est protégée par des mécanismes de financement exceptionnels et de gestion de l’information. La France, en contribuant au P4 chinois, s’est inscrite dans un écosystème international dont les règles de transparence et de contrôle ont été en partie façonnées par cette architecture américaine.

L’alerte précoce du Pr Luc Montagnier et du mathématicien Jean-Claude Perez en avril 2020 — sur une origine non naturelle du SARS-CoV-2, avec analyse de séquences génomiques — apparaît rétrospectivement comme une tentative isolée de briser un consensus déjà solidement ancré. L’Académie nationale de médecine a fini par juger probable, en 2025, une origine accidentelle de laboratoire. Pourtant, aucune commission d’enquête parlementaire française n’a encore examiné en profondeur les collaborations passées, les financements croisés ou les leçons à tirer pour les laboratoires P3/P4 français. Les documents de Rand Paul rendent cette absence de plus en plus difficile à justifier.
Que faut-il attendre de l’audition de Fauci le 29 juillet 2026 ?
Le 29 juillet 2026, Anthony Fauci doit comparaître sous subpoena devant le comité de Rand Paul. Ce sera la première fois qu’il répondra sous serment à un président de commission déterminé à confronter les documents.
Les questions potentielles sont nombreuses et documentées :
- Sur l’écart entre ce qu’il savait en privé (anthrax 2001, origines du COVID) et ce qu’il a dit publiquement.
- Sur la réalité du « moratoire volontaire » de 2012 et les pressions exercées sur les chercheurs.
- Sur son rôle dans l’orientation du débat sur les origines en février 2020 et son utilisation du papier Proximal Origin auprès de la communauté du renseignement.
- Sur la destruction ou la recommandation de destruction de documents.
- Sur le pardon présidentiel reçu de Joe Biden et sa portée.

Fauci pourrait tenter de se retrancher derrière la complexité scientifique, la nécessité de protéger la santé publique ou la confidentialité des renseignements. Paul, fort de centaines de pages de notes personnelles, de messages Slack et de documents CBP, disposera d’un arsenal factuel difficile à éluder. L’audition risque d’être longue, tendue et historiquement chargée. Elle pourrait soit confirmer le pattern de gestion de l’information révélé par le préquel, soit ouvrir de nouvelles pistes sur les responsabilités individuelles et institutionnelles.
Quoi qu’il en soit, Tony’s Diary: The Prequel change déjà la perspective. Le COVID n’apparaît plus comme un accident isolé de gouvernance sanitaire, mais comme le point culminant d’un système construit, année après année, par un homme qui a su concentrer entre ses mains recherche, biodefense, renseignement et communication. Les Américains, et avec eux le reste du monde — y compris la France —, découvrent aujourd’hui les fondations de cet édifice.

Retrouvez le décryptage vidéo de cet article :










