Après l’hécatombe, les magasins bio renouent avec la croissance. En France, Biocoop annonce des ventes record et prévoit 160 ouvertures d’ici à 2029. Mais derrière cette embellie commerciale, les producteurs bio, eux, peinent encore à joindre les deux bouts.
Deux ans après une crise sans précédent, Biocoop fanfaronne. Le leader français du bio a enregistré une hausse de 7,5 % de ses ventes au premier semestre 2025 et prévoit 160 nouvelles ouvertures d’ici à 2029. “La bio n’est plus en crise. La croissance est de retour”, s’est félicité Franck Poncet, directeur général. Une renaissance portée par une stratégie offensive sur les prix, des marges rognées, et un maillage territorial ambitieux. Les consommateurs, eux, semblent prêts à remettre la main au panier, séduits par des écarts de prix de plus en plus favorables face au conventionnel.
La filière, elle, reste fracturée. Reporterre, qui avait documenté les fermetures en cascade en 2023, évoque aujourd’hui une embellie générale, y compris chez La Vie Claire (+8 % de chiffre d’affaires). D’autres acteurs comme Naturalia ont lâché du lest sur le “tout bio” pour séduire une clientèle plus large. Biocoop persiste dans l’exigence, tout en revendiquant un projet “accessible et désirable”. Pourtant, cette croissance ne profite pas aux paysans. “On n’a pas le sentiment d’être sortis de la crise”, résume Stéphanie Pageot de la FNAB. Conditions météo instables, prix en berne, désengagement politique… sur le terrain, le sol reste aride.
La France a perdu 110 000 hectares de surfaces bio en deux ans. Le gouvernement, en réduisant les aides, a envoyé un signal désastreux à la base de la chaîne alimentaire. Résultat, les fermes décrochent, les importations grimpent, et le spectre d’une bio importée plane sur les rayons. “Ce projet n’est pas utopique”, clame pourtant Henri Godron, président de Biocoop, qui appelle à faire de l’alimentation un sujet politique central. Sans une revalorisation des pratiques agricoles et un soutien concret à la production, la filière pourrait bien finir par s’auto-cultiver en circuit fermé.









