Pavel Durov a de nouveau passé plus de six heures, le 8 juillet, face aux juges d’instruction parisiens. C’est le quatrième interrogatoire du fondateur de Telegram depuis sa mise en examen, à l’été 2024, pour complicité présumée d’agissements criminels commis via sa messagerie. À la sortie, ses avocats ont estimé que près de deux ans après la mise en examen, aucun élément ne venait établir le bien-fondé des accusations.
Des recours ont été déposés en France et devant les juridictions européennes.
Interpellé fin août 2024 à l’aéroport du Bourget, le milliardaire franco-émirati d’origine russe avait été placé sous contrôle judiciaire, avec une caution de 5 millions d’euros. La justice lui reprochant de ne pas avoir agi contre les usages présumés délictueux de sa plateforme, par absence de modération et de coopération avec les enquêteurs. Ses restrictions de déplacement ont été partiellement assouplies depuis.
Une instruction qui s’éternise, et un Telegram, qui change de visage. Cette icône de la messagerie, parmi les derniers refuges des communications libres, coopère désormais, et massivement avec les instances. Pour la seule année 2024, la plateforme a répondu à 893 réquisitions des autorités françaises, portant sur les données de 2 072 utilisateurs, dont l’essentiel concentré sur le trimestre suivant l’arrestation de son patron, détaille ZATAZ. Et l’hémorragie s’accélère, en mai 2025, Telegram avait déjà répondu à plus de 13 000 requêtes dans le monde, livrant les informations de plus de 22 000 utilisateurs, numéros de téléphone et adresses IP compris, rapporte Clubic. La plateforme, elle, assure n’avoir jamais changé de politique : seul le canal utilisé par les autorités françaises serait devenu conforme.
Un homme interrogé pour la quatrième fois, sans mise en accusation formelle ni procès à l’horizon, le fier chevalier Durov courbe bien l’échine. Quant à l’entreprise, elle a déjà tout donné à l’État, tout ce qu’on lui réclamait, des données, de la modération, de la docilité. Le fleuron autoproclamé de la liberté numérique n’est plus, il ressemble désormais à une messagerie comme les autres, perméable à souhait.










