Les chercheurs de l’Université du Colorado Anschutz disent avoir identifié un « produit chimique éternel », le PFDA, qui perturberait l’acide rétinoïque, une molécule essentielle au développement du visage et de la tête chez le fœtus.
Connus surtout pour leur persistance, les PFAS sont retrouvés dans l’eau, les sols, certains emballages, les mousses anti-incendie, les textiles techniques ou les revêtements antiadhésifs. Ils résistent à l’eau, à la chaleur, aux graisses, au temps, mais on doute encore parfois de leurs effets néfastes.
Une étude publiée dans Chemical Research in Toxicology apporte une nouvelle pièce au dossier. Selon un communiqué de l’Université du Colorado Anschutz relayé par EurekAlert, les chercheurs ont testé 13 PFAS couramment rencontrés et identifié l’acide perfluorodécanoïque, ou PFDA, comme le composé le plus toxique pour le développement craniofacial fœtal. Ce n’est pas seulement une corrélation de plus dans la longue litanie des alertes sanitaires.
Le PFDA perturberait l’action de l’acide rétinoïque. Cette molécule, dérivée de la vitamine A, joue un rôle majeur dans la formation du visage et de la tête pendant les premiers stades de la grossesse. Ses niveaux doivent rester finement équilibrés. D’après les chercheurs, le PFDA bloque notamment CYP26A1, une enzyme chargée de dégrader l’excès d’acide rétinoïque. Résultat : cette molécule peut s’accumuler et la mécanique embryonnaire se gripper.
Les effets observés concernent surtout des anomalies craniofaciales, avec des yeux sous-développés ou une formation anormale de la mâchoire, selon les auteurs de l’étude. Ces travaux donnent une explication biologique plausible, mais ils ne signifient pas que chaque exposition quotidienne au PFDA provoquerait une malformation. La recherche parle d’un risque, sans transformer toutes les poêles, tous les imperméables et tous les emballages en menace immédiate.
L’Autorité européenne de sécurité des aliments rappelle que les PFAS peuvent être présents dans l’alimentation, notamment via l’eau potable, le poisson, les fruits, les œufs et certains produits transformés. En 2020, l’EFSA a fixé une dose hebdomadaire tolérable de groupe à 4,4 nanogrammes par kilogramme de poids corporel pour quatre PFAS qui s’accumulent dans l’organisme. L’agence précise aussi que l’exposition pendant la grossesse et l’allaitement contribue fortement aux niveaux de PFAS mesurés chez les nourrissons. Les chercheurs espèrent que cette découverte permettra de mieux classer les PFAS selon leur dangerosité, grâce à des tests de laboratoire et des modèles informatiques.










