Oliver Blume n’a pas eu besoin de grands discours. Une simple note interne, deux paragraphes secs, et tout le modèle allemand vacille. Le patron de Volkswagen y confirme ce que la presse économique subodore depuis des semaines, 50 000 emplois supplémentaires pourraient sauter, en plus des 50 000 déjà actés en mars. Cent mille postes en jeu, pour le premier constructeur européen. Le chiffre, à lui seul, exprime la panique qui gagne Wolfsburg.
Le document, consulté par Reuters et l’agence DPA, ne laisse guère de doute sur la méthode, un “calcul théorique” fondé sur un écart de compétitivité de 20 % avec les rivaux. Vingt pour cent, c’est le prix que Volkswagen paie aujourd’hui pour avoir cru, pendant deux décennies, que l’Allemagne resterait l’atelier du monde sans jamais s’interroger sur le coût de l’énergie, la sortie précipitée du nucléaire, les normes environnementales empilées les unes sur les autres à Bruxelles comme à Berlin.
Quatre usines sont désormais sur la sellette : Emden, Hanovre, Zwickau, Neckarsulm. Blume assure préférer des “solutions intelligentes”, la défense ou la production de modèles chinois sous licence, plutôt que la fermeture sèche. Dresde a pourtant déjà fermé en décembre, une première pour un site allemand du groupe. L’usine belge d’Audi Forest, quant à elle, avait déjà rayé 3 000 emplois du paysage dès février 2025. La litanie s’allonge, et Volkswagen n’est plus un cas isolé : sidérurgie, chimie, équipementiers, toute la chaîne industrielle allemande tousse depuis deux ans.
Ce n’est plus seulement Volkswagen qui trébuche, c’est tout un pays qui découvre le prix de ses choix. L’industrie automobile employait, il y a peu encore, plus de 800 000 personnes en Allemagne en comptant les sous-traitants. Elle portait, à elle seule, l’image d’une Allemagne forte, tête de pont économique de l’Europe entière. Les droits de douane américains, la concurrence chinoise, l’énergie hors de prix depuis la fermeture des dernières centrales nucléaires, rien de pourtant vraiment imprévisible. C’est la facture d’une politique industrielle et énergétique pensée surtout par Bruxelles.
Selon l’agence belge Belga, le conseil de surveillance a d’ailleurs retoqué jeudi les premiers plans de Blume, les représentants des salariés jugeant la purge trop brutale. IG Metall a battu le pavé le même jour dans tout le pays. Rien n’est donc encore acté.










